« Je ne voulais pas être dans la peau d’un tueur »

"Je ne dis jamais à une autre victime ce qu’elle devrait ressentir à propos de la peine de mort." Image : www.ncadp.org
11 octobre 12 - Alors que son père a été assassiné, Renny Cushing est aujourd’hui l’un des leaders du mouvement abolitionniste aux Etats-Unis. Il est à Genève pour débattre du droit des victimes lors de la 10e Journée mondiale contre la peine de mort.

Sandra Titi-Fontaine/InfoSud - En 1988, l’Américain Renny Cushing a perdu son père. Abattu par un voisin. Malgré cette douleur extrême, lui qui était déjà un partisan de l’abolition de la peine de mort avant ce meurtre n’a pas basculé. Au contraire, ce membre du comité de pilotage de la Coalition mondiale contre la peine de mort est même devenu pionnier de la défense de la parole et des droits des familles de victimes de meurtres qui s’opposent aux exécutions capitales.

N’avez-vous pas souhaité la mort de l’assassin de votre père ?

Renny Cushing : Quand les policiers m’ont appris le meurtre de mon père, j’étais abasourdi, j’agissais comme un automate et la gestion du quotidien a pris le pas sur la réflexion intellectuelle : savoir comment me lever le matin, regarder la chaise vide où mon père avait l’habitude de s’asseoir, soulager les pleurs de ma mère et faire face à ma propre douleur. Quand finalement je me suis mis à penser au tueur, non, l’idée d’une exécution ne m’est pas venue. En revanche, je voulais qu’il soit incarcéré et puni, ça oui.

C’était très important pour moi, dans ces moments-là, de rester très proche de mes convictions, cela me permettait de ne pas m’égarer. Si je m’étais laissé influencer par les actions du tueur et si j’avais changé d’avis sur la peine capitale, je perdais tout : mon père et mes valeurs. Je savais que je ne voulais pas qu’une autre famille [celle de l’assassin, ndlr] souffre autant que la mienne. Je ne voulais pas être dans la peau d’un tueur.

Vous avez créé Murder Victims’ Families for Human Rights. Que fait cette association ?

Nous l’avons créée pour porter la voix des victimes dans le débat mondial contre la peine capitale. Nous voulons pousser les abolitionnistes à traiter plus en profondeur les questions relatives à l’impunité des tueurs et aux réparations pour les victimes. Notre but est de construire une passerelle entre ceux qui font du plaidoyer pour les victimes et ceux qui défendent les délinquants, les droits de chacun devant être respectés.

Suite au viol et au meurtre de son fils de 10 ans en 1997, Bob Curley a été un fervent partisan de la réintroduction de la peine de mort dans le Massachusetts. Mais il a ensuite renoncé en déclarant que votre association lui avait apporté des réponses plus constructives. Sur quels mécanismes intellectuels vous appuyez-vous ?

Je ne dis jamais à une autre victime ce qu’elle devrait ressentir à propos de la peine de mort. Je l’écoute, je partage mon expérience, mais je ne cherche jamais à lui imposer mes idées. Je travaille tout en sachant que, souvent, j’ai bien plus en commun, au niveau de la douleur, avec un proche d’une victime de meurtre qui soutient la peine capitale qu’avec beaucoup de mes collègues du mouvement abolitionniste qui n’ont jamais connu pareille situation.

Après dix ans de Journée mondiale contre la peine de mort, le bilan est-il encourageant ?

Des progrès ont été constatés dans la reconnaissance du fait que, non, toutes les victimes ne soutiennent pas la peine de mort. Des Etats-Unis à la Mongolie, les membres des familles se prononcent en plus grand nombre contre ce « meurtre légal ». Nous essayons d’amener la communauté internationale à reconnaître que l’utilisation de la peine de mort est un abus de pouvoir. Il y a encore beaucoup de travail à faire aussi pour répondre aux besoins des victimes, en commençant par le soutien et l’indemnisation, ainsi que la résolution des meurtres non élucidés.

A lire aussi : communiqué d’Amesty International du 10 octobre 2012

Peine de mort : depuis 10 ans, les exécutions fléchissent, mais des difficultés subsistent

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