Inde : durcissement mitigé de la loi contre les attaques à l’acide

Une victime d’attaque à l’acide. (© Sand Paper)
22 août 13 - En Inde, la supériorité masculine se manifeste trop souvent par des agressions à l’acide, laissant les femmes défigurées à vie. Les organisations de défense des droits de l’homme déplorent que la nouvelle loi n’interdise pas la vente libre du produit.

Par Ranjita Biswas/InfoSud-IPS - Preeti Rathi avait tout juste 25 ans quand elle est décédée dans un hôpital de Mumbai, en Inde, un mois après qu’un homme l’ait aspergé d’acide sur un quai de gare.

La jeune femme arrivait de New Delhi, la capitale, pour travailler comme infirmière à INHS Ashwini, l’hôpital naval dans le sud de Mumbai. Depuis le drame, la télévision diffuse en boucle les images du quai de gare où l’agression a eu lieu, tandis que sa famille et des défenseurs de droit de l’homme ont déclenché des protestations massives. Mais l’agresseur court toujours.

L’histoire de Rathi n’est de loin pas un cas isolé en Inde. Des centaines de femmes et de filles indiennes sont victimes d’attaques à l’acide à travers le pays. Une bonne partie d’entre elles succombent à leurs blessures dans des douleurs atroces. Celles qui survivent portent à jamais des cicatrices monstrueuses et doivent passer le reste de leurs jours à se cacher pour éviter les regards horrifiés qui se posent sur elles.

En Inde – société fondamentalement machiste – les plans nationaux qui encouragent l’éducation des filles pour favoriser le développement économique sont très mal perçus par bon nombre d’hommes. Ces derniers supportent difficilement ce début d’autonomisation féminine qu’ils perçoivent comme une insulte à leur virilité. Certains n’hésitent pas à passer à l’acte pour affirmer leur « autorité ».

Une loi contre les attaques à l’acide

Jusqu’à présent, les attaques à l’acide ont été traitées au même titre que le viol, le meurtre pour dot (des femmes tuées ou poussées au suicide par la belle-famille afin d’extorquer une dot plus élevée) ou la traite humaine. Selon le bureau national des statistiques criminelles, (NCRB), ces multiples crimes se chiffrent à 244’270 pour 2012.

Il y a sept ans, la Cour suprême avait suggéré au gouvernement de proposer un projet de loi pour lutter contre ce fléau. En vain. Il a fallu le viol collectif d’une jeune étudiante en médecine dans un bus au milieu de New Delhi le 16 décembre 2012, et la vague de manifestations qui s’en est suivi, pour que le gouvernement se décide enfin à modifier, en avril dernier, la Criminal Law Amendment Act. Des amendements ont été apportés aux lois censées protéger les femmes contre les violences. Et les attaques à l’acide sont passées sous le coup d’une nouvelle loi qui dépend du Code pénal indien. Ces agressions sont désormais passibles d’un minimum de 10 ans d’emprisonnement, voire de la perpétuité, avec une amende pouvant aller jusqu’à 16’600 dollars.

Un accès facile à l’acide

Alors que les militants des droits de l’homme saluent les nouvelles dispositions juridiques, ils regrettent que la loi modifiée ne fasse aucune mention des restrictions sur les ventes du produit. Actuellement, une bouteille d’acide sulfurique, chlorhydrique ou nitrique s’obtient pour un demi-dollar dans n’importe quelle boutique du coin. Pour Kamlesh Jain, avocat à la Cour suprême, la nouvelle loi ne fera pas de différence tant que la question de la vente ne sera pas résolue.

Déjà en 2006, Aparna Bhat, un autre avocat spécialisé dans les droits des victimes d’acide, exigeait devant un tribunal fédéral l’interdiction des ventes libres d’acide. Selon lui, l’accès à bas prix du produit constitue une incitation pour l’agresseur.

Le 9 juillet, la Cour suprême de l’Inde a annoncé qu’elle allait interdire la vente d’acide si les Etats locaux ne s’engageaient pas à réguler immédiatement son approvisionnement. Une page va-t-elle enfin se tourner sur ce mode barbare de domination masculine ?

L’exemple du Bangladesh

Au Bangladesh, les attaques à l’acide sur les femmes – 2’500 cas entre 1999 et 2009 - ont baissé de façon drastique à la suite d’une réglementation sur la vente des produits.

Selon un rapport produit en 2011 par le « Centre mondial Avon pour les femmes et la justice », les attaques ont diminué de 20% par année depuis l’adoption en 2002 de la Loi sur le contrôle de l’acide et de la Loi sur la prévention du crime à l’acide, qui limite l’importation et la vente d’acide sur les marchés.

Parmi les mesures de prévention, le gouvernement de Dacca a fermé des magasins, interdit des véhicules soupçonnés de transporter l’acide et suspendu des permis de vente d’acide. Ceux qui enfreignent la loi s’exposent à une amende pouvant aller jusqu’à 1’200 dollars, ou, dans les cas plus graves, à la peine capitale.

Pourtant, même au Bangladesh, l’application de la loi laisse à désirer. « Vu que la plupart des auteurs sont plus puissants que les victimes, à peine 10% d’entre eux sont condamnés », précise Sultana Kamal, directeur exécutif de l’organisation des droits humains Ain O Salish Kendra.

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