« Il est possible de négocier avec Kadhafi »

Cornelio Sommaruga Photo : CICR
13 juillet 11 - Au Forum de Caux sur la sécurité humaine, l’ancien président du CICR Cornelio Sommaruga a rejeté les justifications de la coalition pour l’intervention en Libye.

Richard Werly/Le Temps - Alors que l’intervention militaire en Libye s’enlise et que la répression continue de s’abattre sur les populations en danger en Syrie, Cornelio Sommaruga, ancien président du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), refuse les arguments avancés par les alliés pour poursuivre les frappes. Entretien.

Le Temps : En 2001, vous avez participé à l’élaboration du concept sur la « responsabilité de protéger ». A-t-elle été mise en œuvre en Libye ?

Cornelio Sommaruga : Non. Je dirai même que l’intervention en Libye a peut-être tué ce concept accepté par l’ONU en 2005. La France, le Royaume-Uni et les Etats-Unis, à l’origine des frappes aériennes, n’ont pas tenu compte de ces deux impératifs que sont la responsabilité de « prévenir » et celle de « réagir » de façon proportionnée.

Un seul exemple : serait-on arrivé là, aujourd’hui, si les pays occidentaux n’avaient pas ces dernières années repris leurs ventes d’armes au colonel Kadhafi ? Autre question : pourquoi ne pas avoir d’abord resserré l’étau des sanctions, avant de passer à l’offensive. Dernier point : si l’intervention militaire était nécessaire pour protéger la population de Benghazi, est-elle proportionnée comme nous le demandions dans notre rapport ?

– A la tête du CICR, vous avez maintes fois négocié avec des dictateurs. Peut-on négocier avec Kadhafi ?

– L’exemple du CICR est éloquent. Ces derniers mois, l’organisation est parvenue à conclure avec son régime un accord de siège et un autre pour la visite des prisons. Nous avons maintenant une délégation à Benghazi et une autre à Tripoli. Et le gouvernement nous demande, malgré la crise récente avec Berne, d’y envoyer surtout des délégués suisses. Vous imaginez la volte-face ? Oui, il est possible de négocier avec Kadhafi. Et il faut en passer par là si l’on veut protéger les populations.

– Votre sévérité est-elle liée à la répression au Bahreïn ou en Syrie, où personne ne souhaite intervenir ?

– Continuer ainsi à faire « deux poids, deux mesures » revient à trahir la « responsabilité de protéger » telle que nous l’avions conçue. On ne peut pas nier que dans ces pays, comme au Yémen, la violence armée a été utilisée contre les manifestants. Or que fait-on ? Peut-on accepter qu’en raison de la présence au Bahreïn d’une base militaire américaine, et du risque d’affrontement avec l’Iran, très influent en Syrie, ces populations demeurent exposées à la répression ? Le parallèle avec l’intervention en Libye est éloquent.

Je trouve ce double standard très dangereux. Pire : inadmissible.

Pour lire d’autres articles sur un des thèmes abordés ici, utiliser la fonction «  recherche avancée »
Chartes  |  Qui sommes-nous ?  |  Impressum  |  contact
Palais des Nations, Bureau S-84  |  Avenue de la Paix 8-14  |  CH-1211 Genève 10  |  T: +41 22 917 29 30  
réalisé par vocables.com avec Spip
sommaire le temps L´Orient-Le Jour Geopolitis swissinfo LE COURRIER rue 89 Slate Afrique ipsnews