Génocide rwandais : les enfants issus d’un viol sont toujours en quête d’identité

Une étude de Human Rights Watch publiée en 2000 donne le chiffre effarant de 500’000 femmes violées pendant le génocide au Rwanda. ©DR
7 avril 14 - Nombre d’enfants issus d’un viol pendant le génocide au Rwanda ont appris tardivement la vérité sur leurs origines, vérité que leur mère, traumatisée, avait du mal à leur révéler. Certains en veulent à mort à leur bourreau de père.

Fanny Kaneza/InfoSud-Syfia Grands lacs - Il ne cesse de le dire : « Je serai soulagé quand j’aurai tué mon père. » Ce jeune homme de 19 ans, connu sous le sobriquet de DG, ne cache pas sa colère. « C’est un lâche, un bourreau qui ne mérite que la mort », dit-il de son père. Les conditions difficiles dans lesquelles il a été conçu, est né et a été éduqué lui ont laissé une blessure incurable.

En effet, lors du génocide des Tutsis en 1994, la mère de DG n’avait que 17 ans. Des miliciens extrémistes, les Interahamwe, déciment sa famille. L’un des bourreaux « la protège » et l’emmène chez lui. Dès la première nuit, il la viole et son calvaire commence. Son violeur l’emmène en exil dans un pays voisin, où elle est obligée de rester cloîtrée dans la maison de fortune du camp de réfugiés de peur d’être tuée par les Interahamwe qui la connaissaient.

Vie de « couple »

Pendant plus d’un an, elle subit une vie de « couple » avec un des meurtriers de sa famille, avant de s’évader avec son bébé et de rentrer au Rwanda. En détresse, elle erre ici et là sans protection avec l’enfant, qu’elle a gardé. Au retour de son exil forcé, son frère, alors militaire, lui a clairement signifié qu’en aucun cas il ne pourrait éduquer l’enfant d’un Interahamwe. Avis partagé par de nombreux proches. « Plusieurs mem­bres de la famille sont venus me proposer de tuer cet enfant. Mais, compte tenu des souffrances que j’ai supportées, je voyais en lui ma seule consolation », témoigne-t-elle. Elle souffrait davantage de voir son fils traité sans cesse d’« Agaterahamwe » (petit milicien) par tout le monde. « Au niveau familial, j’ai été victime d’incompréhension puisque j’ai donné naissance à un enfant, un garçon non souhaité, un enfant de la haine », se plaint-elle. Lâchée par ses proches, la mère de DG décide de confier son fils à un orphelinat.

Pendant plusieurs années, DG a demandé à sa mère qui était son père. Mais elle n’avait pas le courage de lui révéler toute la vérité sur les conditions de sa naissance. Grâce à un espace de dialogue créé par une ONG, la mère de DG a fini par tout lui raconter. DG a alors compati au calvaire de sa mère. La rage est aussi montée en lui, et il « envisage de tuer son père pour venger sa mère ». Aujourd’hui, son père est en prison à cause de son rôle dans le génocide des Tutsis. « Quand mon fils se souvient qu’il est né d’un viol, il me demande d’aller lui montrer son père pour lui demander pourquoi il l’a fait », témoigne la mère de DG.

« Qui est mon père ? Qui sont les membres de ma famille du côté maternel et paternel ? Pourquoi certains me qualifient d’Interahamwe ? » De nombreux enfants issus d’un viol posent ces questions, qui ravivent les blessures psychologiques de leur mère. « Quand mon fils me posait ce genre de question, au lieu de lui répondre, j’étais tout de suite secouée par un hoquet », témoigne la mère de DG. Pour certaines ONG engagées dans la prise en charge des enfants issus de viol et de leur mère, « il faut multiplier des espaces de dialogue à travers des rencontres mère-enfant pour améliorer leur relation. Cela permettra aux enfants de connaître leurs origines et de se créer leur identité ».

Contaminées par le sida

Nombre de ces mères au cœur brisé, engrossées par haine, ont gardé ce souvenir des atrocités extrêmes qu’elles ont subies et attendu plus de quinze ans pour faire des révélations aux enfants. Durant leur enfance, ces enfants ont été maltraités, stigmatisés et même discriminés, comme en témoignent certaines mères. La plupart n’ont pas réussi à l’école. De nombreux rapports affirment que les chefs des milices ont délibérément choisi des hommes infectés par le VIH pour violer et contaminer des femmes dont la famille a été massacrée. Aujourd’hui, 65% des survivantes vivraient avec le virus du sida.

Une étude de Human Rights Watch publiée en 2000 donne le chiffre effarant de 500 000 femmes violées. Faute de pouvoir avorter, les survivantes ont dû porter l’enfant de leur bourreau. Certaines de ces mères forcées avouent qu’elles n’ont jamais aimé ceux que l’on appelle les « enfants mauvais souvenirs ».

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