Femmes et filles, la proie des groupes armés en RDC

Gloria Musambi Kimasa est journaliste indépendante congolaise. Elle travaille pour les médias et les organisations de développement sur les thèmes liés aux droits humains. (DR)
2 mai 13 - La tragédie des violences sexuelles contre les femmes en République démocratique du Congo (RDC) ne laisse personne indifférent. Et pourtant, leurs cris restent lettre morte. Comment ces violences peuvent-elles cesser alors que ceux qui ont la charge de la sécurisation du pays optent pour la facilité : compter le nombre de morts et de blessés ?

Gloria Musambi Kimasa, journaliste indépendante - La situation sécuritaire des femmes est très précaire dans le Kivu suite aux combats entre les groupes armés tels que le M23, les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), les ex Maï Maï et les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) appuyées par les forces de la mission des Nations Unies pour la stabilité du Congo (Monusco).

De nombreuses femmes et filles deviennent la proie sexuelle des groupes armés dans les Nord et Sud Kivu en RDC depuis une dizaine d’années. A l’origine, ces groupes luttent pour contrôler les ressources minières et se positionner sur les passages douaniers. Ils peuvent ainsi exploiter les minerais comme le coltan, très prisé dans la fabrication des téléphones portables, le diamant, l’or, le cuivre, etc. Cette lutte provoque des affrontements sanglants, sources de violations massives des droits de l’homme dont des violences et viols de femmes et filles.

D’après plusieurs sources, les accusations des violences sexuelles sur les femmes s’étendent malheureusement aux Casques bleus et aux militaires des FARDC. La tragédie des femmes du Kivu et la cruauté des violences sexuelles subies ne laissent personne indifférent. Et pourtant, sur le terrain, leurs cris restent encore lettre morte.

Que font réellement l’armée congolaise et la Monusco sensées défendre, protéger, sécuriser et assurer la paix de cette population, si même à une courte distance elles n’arrivent à mettre fin aux troubles des groupes armés et secourir les habitants en danger de mort ?

La tragédie des 32 morts et plusieurs femmes violées dans la localité de Kamananga au Sud Kivu reste mémorable. Elle fut diligentée par les FDLR dans la nuit du 13 au 14 mai 2012, selon le site observers.france24.com. Elle s’est déroulée juste à 3 km des troupes de la Monusco qui ne sont pas intervenues pour mettre fin à la tuerie et aux nombreux viols de pauvres femmes.

Le défenseur des droits de l’homme Didier Kamundu, admet que “depuis dix ans, des femmes, des enfants, des jeunes filles et même des grands-mères de 80 ans sont soumises à des viols collectifs brutaux, souvent devant leurs familles, et les réduisent parfois en esclaves sexuelles dans les carrières”.

Comment ces violences peuvent-elles cesser alors que ceux qui ont la charge de la sécurisation du territoire optent pour la facilité : compter le nombre des morts, des blessés, des femmes violées, des pertes de biens ?

En 2009 l’ONG Adéquation publiait que : “Tous les jours, quarante femmes étaient victimes de viol à l’Est de la RDC. Les victimes ont de cinq mois à quatre-vingts ans et le viol n’est qu’un degré sur une échelle de violence qui atteint des sommets monstrueux…”.

Les mutins qui se livrent aux viols des femmes, ont-ils oublié les valeurs morales vis-à-vis de l’être humain et de leurs mères ?

Yakin Ertürk, Rapporteuse spéciale chargée de la question de la violence à l’égard des femmes au Conseil des droits de l’homme de l’ONU, déclarait en juillet 2007 que “les atrocités perpétrées par des groupes armés sont d’une brutalité inimaginable. Le viol et l’esclavage sont au cœur de ces atrocités”. Après le viol poursuivit-elle, “il est fréquent que les bourreaux tirent au fusil dans l’appareil génital de la femme ou qu’ils la poignardent dans cette partie de son corps. Plusieurs femmes qui ont survécu à des mois d’esclavage ont raconté que leurs tortionnaires les avaient forcées à manger les excréments ou la chair des membres de leur famille assassinés”. Selon l’ONU entre 2004 et 2006, il y a eu 43’000 cas de viols au Kivu.

Cette situation a des conséquences sur la santé, l’économie et l’épanouissement des femmes. Les violences sexuelles les exposent aux MST, VIH/Sida, lésions physiques, traumatisme, grossesses non désirées, etc.

La société civile doit maintenir le cap en dénonçant cette situation odieuse. Les femmes du Kivu peuvent aussi engager une réflexion pour aller au-delà des dénonciations, comme les femmes du Liberia de l’après guerre civile. Sous l’impulsion de la Prix Nobel Leyman Gbowee, elles ont engagé une grève du sexe pour pousser les hommes à l’action et obtenir la fin des violences.

L’on se souviendra de la prise de contrôle de la ville de Bukavu en 2004 par les troupes de l’ex-général Tutsi Laurent Nkunda. Après cet événement, les Kinois descendirent dans les rues en masse pour dire non à une autre guerre et pousser la Monuc à l’action en dénonçant l’incapacité des Casques bleus et des FARDC. Une solution immédiate fut trouvée en reculant et en neutralisant ces éléments hors de Bukavu.

Un autre soulèvement populaire pour susciter l’attention de la communauté internationale et en finir avec les violations sexuelles ne serait-il pas la bienvenue ?

D’autres actions comme l’interdiction des minerais des zones de conflit et la condamnation de leur exploitation illicite doivent être appliquées afin de mettre au pas ces groupes armés et leurs instigateurs. La lutte contre l’impunité de tous les acteurs devrait constituer le socle d’une telle démarche.

Il urge que le gouvernement et la communauté internationale s’accordent pour mettre un terme aux violences dans le Kivu. Ils doivent garantir aux femmes en particulier et à tous les Congolais un climat de paix favorable à leur épanouissement.

Une population violentée par des conflits à répétition ne saurait contribuer à son propre développement.

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