En silence et avec efficience, les Pakistanais abordent les défis du développement

Selon Zahed Amanullah, "Avec une aide étrangère de moins en moins garantie, il sera de la responsabilité des ONG locales de combler les trous." Image : DR
8 juin 12 - Un sondage effectué en mai 2012 par « BBC World Service », qui demandait aux personnes interrogées de noter l’influence mondiale de certains pays en la qualifiant de positive ou de négative, a identifié le Pakistan – en compagnie de l’Iran, d’Israël et de la Corée du Nord - comme l’un des pays les plus négatifs.

Londres, Zahed Amanullah*/CGNews - Un sondage effectué en mai 2012 par « BBC World Service », qui demandait aux personnes interrogées de noter l’influence mondiale de certains pays en la qualifiant de positive ou de négative, a identifié le Pakistan – en compagnie de l’Iran, d’Israël et de la Corée du Nord - comme l’un des pays les plus négatifs. Pour les régions du Pakistan dévastées par la pauvreté, cette manière de voir a signifié une raréfaction des dons provenant des pays de l’Ouest, qui doutent que le gouvernement pakistanais déploie de l’aide, et dont les agences de développement voient leur personnel menacé. L’enlèvement et le meurtre le mois dernier de Khalil Dale, le musulman britannique employé par le Comité international de la Croix-Rouge, a été le dernier incident en date à pousser les travailleurs humanitaires étrangers à considérer la suspension de leurs opérations.

De plus, le Pakistan se distingue de façon curieuse en s’auto-attribuant une influence négative sur le monde. Cet autodénigrement peut probablement expliquer pourquoi les récents succès que divers organisations sans but lucratif pakistanaises ont obtenus dans des régions rurales et tribales (particulièrement auprès des femmes), zones dans lesquelles les menaces de catastrophes naturelles, de conflits militaires et de crimes semblent sans limite, font si rarement l’objet d’une publicité alors qu’ils le méritent.

Considérons par exemple les inondations de 2010, qui ont laissé un cinquième du territoire pakistanais sous l’eau. La majorité des dégâts ont eu lieu dans la vallée de Swat. Là-bas, le Sarhad Rural Support Programme (SRSP) a institué une série de projets pour amener de l’eau potable, projets dirigés non pas par des bureaucrates provenant d’une capitale étrangère, mais par une mobilisation sociale des villageois, qui ont constitué un organisme d’entraide communautaire en charge de la direction des opérations et du choix des priorités.

Après avoir présenté des options telles que des écoulements par gravité, des pompes manuelles, des canaux d’irrigation, un système sanitaire et le pavement des routes, des villages entiers se sont réunis en ce que le SRSP a baptisé un « troisième dialogue » durant lequel des comités d’audit et de maintenance étaient formés et des projets approuvés. Ce sentiment de propriété s’est montré crucial pour le succès à long terme du projet. En terme d’efficacité, 33 projets ont permis d’aider 3630 ménages comprenant plus de 25 000 personnes, avec un coût moyen de 30 à 80 dollars par foyer.

Plus au sud, dans l’une des régions les plus pauvres du Pakistan, la Sindh Rural Support Organisation (SRSO) a lancé le Community Investment Fund (CIF), (le Fond d’investissement communautaire), afin de proposer des prêts aux femmes en situation de précarité. Tout comme pour le projet de la vallée de Swat, les femmes gèrent le fond de façon collective, distribuant des prêts uniquement pour des investissements dans des activités générant des revenus. Ceci a permis de renforcer la confiance et les compétences des femmes des régions rurales pauvres, dont les problèmes sont souvent négligés par les anciens de la tribu qui sont tous des hommes.

Afin d’assurer une juste répartition des fonds, la SRSO a développé une « fiche d’évaluation » unique, qui utilise 10 indicateurs simples, que les travailleurs de terrain peuvent collecter, vérifier et calculer, sur le papier, en temps réel. Grâce à ces méthodes, la SRSO a distribué 4 millions de dollars à 1 568 villages du Sindh, touchant directement 44 684 bénéficiaires parmi les plus pauvres.

Nombreuses de ces organisations ont été coordonnées ou inspirées par deux figures pakistanaises.

La première est le Dr Akhtar Hameed Khan, pionnier du développement rural, qui, en 1959, a mis sur pied un programme de développement rural baptisé le « Comilla Model », dans lequel la production était stimulée grâce à des coopératives communautaires. Le Dr Akhtar Hameed Khan avait été inspiré par les mutuelles de crédit du pionnier de la coopération, l’Allemand Friedrich Wilhelm Raiffeisen. L’approche ascendante que le SRSP et la SRSO ont utilisée pour mettre sur pied leur travail humanitaire doit beaucoup aux efforts d’adaptation de ces modèles occidentaux de développement aux particularités de l’environnement rural pakistanais.

La deuxième figure, Shoaib Sultan Khan, a été formée par le Dr Khan. Il préside le « Rural Support Programmes Network (RSPN) », un réseau des programmes de soutien du monde rural, qui a coordonné un grand nombre des agences de développement indépendantes du pays depuis sa création en 1982. Le RSPN est depuis devenu la plus grande organisation sans but lucratif du Pakistan, et dont la directrice est Shandana Khan a récemment été nommée par le magazine Newsweek comme l’une des « 100 femmes qui font bouger le Pakistan ».

En 1994, le Programme des Nations Unies pour le développement international (PNUD) a demandé à Shoiab Sultan Khan de former sept autres pays sud-asiatiques, y compris l’Inde. En 2011, Ce pays annonçait son intention de dépenser plus de 5 milliards de dollars (dont 1 milliard provenant de la Banque mondiale) pour ses propres programmes inspirés par le RSPN, dans 12 états et devant aider 350 millions de personnes. Cette coopération entre vieux rivaux est encourageante.

Bien que Shoaib Sultan Khan ait été nommé pour le prix Nobel de la Paix en 2009 et qu’il se soit adressé à l’Assemblée générale de l’ONU deux fois à ce sujet, très peu en dehors du Pakistan, et même à l’intérieur du pays, sont au courant de son oeuvre. Et pourtant, son travail est important, aujourd’hui plus que jamais, alors que les ONG d’aide au développement pakistanaises seront probablement confrontées à une décroissance du soutien apporté par les donneurs occidentaux. L’Agence des Etats-Unis pour le développement international (USAID) a annoncé qu’elle s’apprêtait à diminuer le nombre de programmes qu’elle souhaitait soutenir (tout en maintenant les mêmes budgets de dépenses), mais récemment le « US Senate Appropriations subcommittee on foreign operations » (le sous-comité du Sénat américain en charge de l’attribution des budgets pour les activités à l’étranger) a voté une réduction de moitié de l’aide au Pakistan par rapport à ce que le président Obama avait proposé pour l’année prochaine. Avec une aide étrangère de moins en moins garantie, il sera de la responsabilité des ONG locales de combler ces trous.

Des organisations telles que celles-ci, au côtés de nombreuses autres ONG indigènes d’aide au développement rural, démontrent que le Pakistan est capable de résoudre ses propres problèmes, en inspirant le monde au passage. Elles méritent notre soutien.


* Zahed Amanullah est directeur des relations avec les médias d’Unitas Communications, une agence de consultation en communication stratégique basée à Londres. Il est également directeur de programme invité à Wilton Park.

Source : Service de Presse de Common Ground (CGNews), 1 juin 2012, www.commongroundnews.org

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