En libérant 52 détenus, Castro veut desserrer l’étau autour de Cuba

Cette annonce a incité l’opposant Guillermo Farinas (ici en avril avec les Dames en blanc) a arrêté sa grève de la faim. Photo : DR
9 juillet 10 - La décision du pouvoir cubain est considérée comme un pas dans la bonne direction. Mais elle semble davantage résulter de la pression extérieure que d’une claire volonté d’ouverture.

Stéphane Bussard/Le Temps - Est-ce un signal d’assouplissement du régime ou une simple soupape de sécurité pour évacuer la pression extérieure ? A l’issue d’une rencontre entre le président Raul Castro, le cardinal Jaime Ortega et le chef de la diplomatie espagnole ­Miguel Angel Moratinos, l’Eglise catholique cubaine a annoncé la libération prochaine de 52 prisonniers politiques. Jamais le régime cubain n’avait procédé à un tel geste politique depuis 1998, quand le pape Jean Paul II visita l’île des Caraïbes.

Cinq détenus devaient être libérés dans les quelques heures. Les 47 autres devraient patienter entre trois et quatre mois. Ils appartiennent tous au groupe de 75 « prisonniers de conscience » qui ont été incarcérés en 2003 quand Fidel Castro donna un tour de vis répressif à Cuba après des années de relative détente. Cette annonce a incité l’opposant Guillermo Farinas à arrêter sa grève de la faim. Deux acteurs ont joué un rôle crucial : l’Eglise et le ministre espagnol des Affaires étrangères, Miguel Angel Moratinos, pour qui la libération constitue un succès diplomatique personnel.

La première visite du diplomate espagnol à Cuba remonte à février 2008, à l’issue de laquelle il avait déjà obtenu la libération de quatre dissidents. Miguel Angel Moratinos s’engage ensuite dans une sorte de navette diplomatique. Le 10 juin dernier, il rencontre discrètement son homologue cubain Bruno Rodriguez. Puis, le même jour, il accompagne le premier ministre José Luis Zapatero au Vatican. Enfin, il explique sa stratégie aux membres de l’Union européenne qui, depuis 1996, conserve une position dure à l’égard de La Havane, estimant qu’il ne peut y avoir de normalisation si Cuba ne fait pas davantage de progrès en matière de droits de l’homme et de démocratisation.

C’était, à l’époque, le prédécesseur de Zapatero, José Maria Aznar, qui avait été l’initiateur de la politique intransigeante de l’UE à l’égard de Cuba. Jusqu’ici, des pays comme la Pologne, l’Allemagne, la France, la Suède et la République tchèque ont jugé prématuré tout assouplissement envers La Havane. Après la libération de 52 détenus politiques, l’UE pourrait adopter une position plus conciliante en septembre.

Pour ce qui est de l’Eglise, Fidel Castro l’a longtemps bannie au nom de l’athéisme scientifique. A la fin des années 1990, se rendant compte qu’il perdait son assise au sein de la population, le comandante en jefe a compris que jouer la carte religieuse dans un pays où les catholiques sont relativement nombreux pourrait s’avérer payant. Son frère Raul, qui a succédé à Fidel en juillet 2006 à titre intérimaire avant d’être confirmé à la tête de l’Etat en février 2008, a permis à l’Eglise d’offrir sa médiation. Mais le contexte est différent.

Chercheur à la Brookings Institution de Washington et conseiller du Club de Madrid, une organisation indépendante créée pour promouvoir la démocratie, Ted Piccone juge positive la décision de libérer des prisonniers politiques, « mais ce n’est pas encore une volte-face. Il s’agit d’une manière de réduire l’énorme pression extérieure à laquelle fait face le régime castriste. Une pression qui augmente depuis le décès, après une grève de la faim, du prisonnier politique Orlando Zapata, le 23 février dernier. » Et Ted Piccone de souligner que sous Raul Castro, la répression du régime s’est aggravée. « On envoie peut-être moins les gens en prison, mais les mesures de harcèlement dans la rue cubaine se multiplient, relève le chercheur. C’est le cas des Dames en blanc », un groupe formé notamment des épouses des 75 prisonniers de 2003. Figure de proue de l’opposition, Elizardo Sanchez estime que le geste de La Havane sert avant tout à améliorer sa mauvaise image sur la scène internationale, mais qu’il ne va « pas améliorer la situation des droits de l’homme à Cuba », souligne-t-il dans El Pais.

Lors de la passation de pouvoir de Fidel à Raul Castro, beaucoup espéraient une ouverture du régime cubain. Raul apparaissait comme le leader des Chinos favorables à une ouverture à la chinoise de l’économie cubaine. Quatre ans plus tard, ces espoirs se sont évanouis. « Tant que le Venezuela soutiendra massivement Cuba grâce à son pétrole, il est peu probable qu’on assiste à une libéralisation économique », poursuit Ted Piccone. Le chercheur de la Brookings ne cache pas non plus sa déception par rapport aux Etats-Unis qui appliquent un embargo contre Cuba depuis 1962 : « Barack Obama a pris quelques mesures dont l’impact se limite toutefois aux Cubains-Américains. Il est trop prudent et n’ose pas défier le lobby cubain. Il devrait avoir l’audace de prendre des mesures plus courageuses sans attendre l’aval du Congrès. »

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