En Israël, la cure d’austérité passe mal

Manifestations en Israël (DR)
20 mai 13 - Des milliers d’Israéliens ont pris la rue le 11 mai dernier. La cible de cette nouvelle grogne sociale n’est autre que le ministre des Finances, Yaïr Lapid, élu en janvier dernier en se présentant comme le champion de la classe moyenne.

Par Benjamin Rosendahl à Tel Aviv et Samir Yeddes à Genève - Jeune, beau, dynamique et grand vainqueur des législatives de janvier dernier, il est aujourd’hui le politicien le plus impopulaire d’Israël. Yaïr Lapid, ex-star de la télévision, s’était érigé lors de sa campagne comme le candidat de la classe populaire, martelant le slogan ha-efo kessef (où est l’argent ?). Une stratégie gagnante pour le centriste : son parti fraîchement créé, Yesh Atid (« il y a un avenir »), avait décroché pas moins de 19 sièges au parlement israélien, la Knesset. Devenant, à la surprise générale, la deuxième force politique du pays. Bombardé ministre des Finances, Yaïr Lapid doit maintenant défendre des coupes budgétaires sévères, qui affecteront principalement son électorat.

Il faut dire que sa mission est délicate : compenser un déficit de 40 milliards de shekels (10,5 milliards de francs). Si cela constitue un défi de taille pour un politicien chevronné, il est encore plus difficile pour un politicien inexpérimenté qui exerce son premier mandat électif.

Pas d’avenir

Depuis son élection, Yaïr Lapid a communiqué ses idées politiques avec brio sur les réseaux sociaux. Mais, malgré la multiplication des interviews avec les grands médias du pays, son électorat ne croit plus à ses promesses de mener une « nouvelle politique ». Même s’il ne cesse de répéter que les coupes profiteront à la classe moyenne à long terme.

Les slogans des manifestations du 11 mai, qui ont réuni des milliers d’Israéliens de Haïfa à Jerusalem, ont souligné la désillusion des électeurs. Sur les panneaux de la plus grande manifestation à Tel-Aviv – qui a vu défiler environ 10 000 personnes –, on pouvait lire « Pas d’avenir avec Bibi et Lapid », allusion au nom du parti fondé par Lapid. Plus frappant, on pouvait entendre les manifestants reprendre en cœur « Athènes - Tel Aviv, la même révolution, Le Caire - Tel Aviv, la même révolution ».

Soutien des syndicats

En ligne de mire : l’augmentation de 1% de la TVA et de 1,5% de l’impôt sur le revenu, la réduction des allocations familiales ainsi que la création de nouvelles taxes sur le tabac, l’alcool et les résidences secondaires. Ceci alors que les grandes sociétés et les magnats de la finance continuent de bénéficier d’allègements fiscaux.

Les dépenses de l’Etat seront également amputées de plusieurs milliards de shekels, mais le budget de la Défense, qui représente 8% du PIB, ne sera quasiment pas réduit grâce aux réserves accumulées au cours des dernières années. De même, le ministre a renoncé à réformer le statut des entreprises publiques, dont les employés bénéficient de larges privilèges. Une décision qui a obtenu immédiatement le satisfecit d’Ofer Eini, président de la toute-puissante Histadrout, la fédération des syndicats israéliens : aucune grève ne seraient organisées dans un proche avenir.

Le ministre des Finances n’a – pour l’instant – rien à craindre sur le plan politique. Tant le président de la Banque nationale, Stanley Fisher, que le président Shimon Peres ont annoncé publiquement leur soutien au plan d’austérité.

Et si les manifestations ont été très suivies, elles n’ont pas débouché sur une vague de « villes de tentes » comme cela avait été le cas en 2011. A l’époque, les revendications visaient le prix exorbitant des loyers et le coût de la vie en général. A son apogée, le mouvement de protestation avait réuni un demi-million de personnes. Dans la foulée, Yaïr Lapid avait pris fait et cause pour les manifestants.

Pour lire d’autres articles sur un des thèmes abordés ici, utiliser la fonction «  recherche avancée »
Chartes  |  Qui sommes-nous ?  |  Impressum  |  contact
Palais des Nations, Bureau S-84  |  Avenue de la Paix 8-14  |  CH-1211 Genève 10  |  T: +41 22 917 29 30  
réalisé par vocables.com avec Spip
sommaire le temps L´Orient-Le Jour Geopolitis swissinfo LE COURRIER rue 89 Slate Afrique ipsnews