En Afrique du Sud, la révolution énergétique attendra

Infosud - Syfia International
Journée mondiale d’action, Johannesbourg, déc. 09 (Photo : Earthlife Africa)
17 décembre 09 - L’Afrique du Sud n’envisage pas de réduction d’émissions de gaz à effet de serre avant 2035. Ce pays fait pourtant partie des gros pollueurs de la planète, devant le Brésil.

Magali Reinert/InfoSud-Syfia - L’Afrique du Sud préfère un échec de la conférence sur le changement climatique à Copenhague qu’un accord au rabais. Avec 55 autres pays africains, elle avait même refusé début novembre de poursuivre les négociations si les pays développés n’avançaient pas sur leurs propositions. "Il est de plus en plus clair que les résultats de Copenhague sont menacés par l’incapacité des pays développés à reconnaître et agir selon leur responsabilité historique."

La ministre sud-africaine de l’Environnement dénonce le recul des pays riches par rapport aux engagements du protocole de Kyoto entré en vigueur en 2005 et qui s’achèvera en 2012. Le gouvernement sud-africain stigmatise en particulier le désengagement financier des pays occidentaux pour aider les pays du Sud à s’adapter à ce changement. "Nous entendons dire que les questions financières doivent être laissées au marché et que les pays en développement doivent payer leur part, que l’adaptation est une responsabilité nationale qui doit être financée nationalement et que les pays développés vont utiliser des barrières douanières contre les pays en développement qui ne s’engagent pas sur des objectifs chiffrés…", avait lancé, exaspérée, la ministre de l’Environnement lors d’une conférence sur le changement climatique à la mi-novembre à Pretoria.

À l’instar des autres pays émergents comme la Chine ou le Brésil, l’Afrique du Sud refuse, pour sa part, d’avoir à s’engager sur des réductions chiffrées d’émissions de gaz à effet de serre (GES). Pour le gouvernement, l’équation est simple. Avec 40 % de la population sous le seuil de pauvreté, le pays a besoin de croissance et polluera donc plus. Le gouvernement reconnaît bien la nécessité d’adopter progressivement des objectifs de réduction d’émissions, mais pas avant 2035.

Un des plus gros pollueurs au monde

Cette position est pourtant battue en brèche par des ONG environnementalistes et des scientifiques sud-africains. D’abord parce que l’Afrique du Sud est un des gros pollueurs de la planète. Elle produit plus de dioxyde de carbone que le Brésil, même si ses émissions représentent à peine 10 % de celles des États-Unis. "Les émissions sud-africaines par personne sont plus élevées que celles de la Chine", clame Brad Smith, directeur de Greenpeace Afrique. L’ONG vient de mettre les pieds dans le plat avec une étude réalisée en collaboration avec le Conseil européen des énergies renouvelables. Le rapport estime que l’Afrique du Sud pourrait produire les trois quarts de son électricité à partir des énergies renouvelables en 2050. Le pays bénéficie en effet de ressources solaires et éoliennes exceptionnelles.

Les énergies renouvelables contribuent aujourd’hui à environ 1 % de la production d’électricité tandis que le charbon, un des combustibles les plus polluants, en assure 90 %. Le secteur de l’énergie est ainsi dans la ligne de mire des écologistes. Eskom, la société nationale de production et de distribution de l’électricité, est responsable à elle seule de la moitié des émissions nationales de GES.

Le scénario d’une révolution énergétique proposé par Greenpeace prévoit également un cercle vertueux en termes de création d’emplois et de réduction des coûts. L’idée qu’une économie verte puisse permettre un développement plus équitable est également défendue par Harald Winkler. Ce chercheur sur le changement climatique de l’Université du Cap rappelle que le coût de l’inaction dépasse le coût de l’action climatique, si l’on considère les conséquences de la dégradation de l’environnement.

Charbon et nucléaire

La crise de l’électricité début 2008 a commencé à faire bouger les choses en poussant à réduire la consommation. Le pays a subi des coupures de courant planifiées plusieurs heures par jour et les principales mines et industries ont dû réduire leur consommation de 10 %. Les médias ont relayé des campagnes publiques pour consommer moins. L’an dernier, la diminution de la consommation d’électricité a permis à Eskom de réduire ses émissions de CO2 de 1 %. L’incitation financière pour équiper sa maison avec un chauffe-eau solaire a été une autre mesure phare. Les résultats restent cependant dérisoires. "Les taxes à l’importation sur les panneaux solaires sont très élevées ce qui rend leur coût prohibitif pour les particuliers", explique Roshan Dadoo, qui conduit une recherche sur l’énergie solaire à l’université Witwatersrand.

Les projets énergétiques destinés à répondre à la demande croissante d’électricité continuent de faire la part belle au charbon : deux nouvelles centrales thermiques sont en construction. L’Afrique du Sud est un grand producteur de ce minerai, ce qui lui permet de produire une des électricités les moins chères au monde. Un gigantesque projet nucléaire comptant une dizaine de centrales est en attente faute de moyens. "Les énergies renouvelables restent marginales dans les priorités sud-africaines", constate David Hallowes, expert en énergie pour l’ONG écologiste Earthlife Africa.

Le gouvernement sud-africain prépare actuellement une politique sur le changement climatique. D’après l’étude préliminaire, la stratégie nationale de réduction des émissions de CO2 mettra l’accent sur l’utilisation des mécanismes de marché, avec la mise en place d’incitations fiscales, voire d’une taxe carbone. Ce projet, qui devait être présenté cette année, a été repoussé à l’après Copenhague. Le gouvernement entend probablement fixer ses objectifs en fonction des résultats des négociations internationales.

Voir en ligne: Earthlife Africa
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