En 2009, les autorités du Sri Lanka ont bombardé des civils

Camp de réfugiés bombardé en avril 2009. Tiré du rapport d’experts
28 avril 11 - Un panel d’experts onusiens publie un rapport accablant sur la dernière guerre entre l’armée sri-lankaise et les rebelles tamouls. Les enquêteurs demandent à Ban Ki-moon, secrétaire général des Nations unies, de lancer une enquête internationale.

Angélique Mounier-Kuhn/Le Temps - Le 19 mai 2009, alors qu’il venait d’anéantir les Tigres de libération de l’Eelam tamoul (LTTE) après trois décennies de guerre civile, Mahinda Rajapakse, le président du Sri Lanka, avait qualifié d’« opération humanitaire […] menée le fusil dans une main, la charte des droits de l’homme dans l’autre » la victoire militaire ayant « libéré le pays de l’emprise du terrorisme séparatiste ».

Le rapport publié lundi par le panel des trois experts mandatés par l’ONU pour tirer au clair les responsabilités des parties prenantes au conflit dépeint une réalité effroyablement différente en corroborant les très fortes suspicions qui pesaient sur l’armée dans les derniers soubresauts de la guerre. Des dizaines de milliers de civils avaient alors perdu la vie dans le nord du pays.

Crimes contre l’humanité

Désigné en juin 2010 par Ban Ki-moon, le secrétaire général des Nations unies, le trio recense des allégations « crédibles » de violations sérieuses du droit international humanitaire commises tant par les autorités sri lankaises que par les LTTE, dont certaines, « si elles étaient prouvées », « s’apparenteraient à des crimes de guerre et à des crimes contre l’humanité ».

D’après les informations collectées par le panel, qui n’a pu se rendre au Sri Lanka, entre septembre 2008 et janvier 2009, les troupes de Colombo passées à l’offensive dans la région de Vanni ont recouru de manière extensive au bombardement, engendrant un « grand nombre » de morts parmi les 330 000 civils piégés dans cette zone, pourtant décrétée de « non-feu » et qui s’amenuisait semaine après semaine. Le gouvernement a, écrit le panel, spécifiquement et systématiquement visé des objectifs humanitaires, comme des embarcations de la Croix-Rouge qui tentaient de récupérer des blessés sur la plage ainsi que tous les hôpitaux sur la ligne de front. « La plupart des victimes dans les phases finales de la guerre ont été causées par le pilonnage du gouvernement », affirment les experts.

Les LTTE portent eux aussi des responsabilités écrasantes. Ils sont accusés d’avoir empêché toute fuite aux civils et de les avoir utilisés comme boucliers humains pour freiner l’avancée de l’armée. Ils ont aussi obligé la population à creuser des tranchées et recruté des enfants soldats. Quant à l’ONU, elle ne sort pas indemne du rapport des experts qui reprochent à « ses organes politiques d’avoir échoué à prendre les mesures qui auraient pu protéger les civils » et de n’avoir pas rendu publics les bilans de victimes.

Pressions pour une enquête indépendante

Le panel met aujourd’hui l’organisation face à ses responsabilités en pressant Ban Ki-moon d’établir « immédiatement » un « mécanisme indépendant » chargé d’enquêter sur les violations et de surveiller la mise en œuvre par Colombo des procédures nécessaires à l’établissement des responsabilités. Cette recommandation est soutenue avec insistance par les ONG Human Rights Watch et Amnesty International et par Navy Pillay, la haut-commissaire de l’ONU aux droits de l’homme. « A moins d’un changement radical dans la réaction du gouvernement, qui jusqu’à présent a été celle d’un déni total et d’une impunité absolue, une enquête internationale complète sera clairement nécessaire », avance-t-elle dans un communiqué.

Or, pour l’heure, rien ne laisse supposer la moindre évolution dans l’attitude des autorités sri lankaises. Après s’être farouchement opposé à la constitution du panel l’an passé, le gouvernement a instamment demandé la semaine passée à l’ONU de renoncer à publier ce rapport « grotesque » et « susceptible de causer des dommages irréparables aux efforts de réconciliation du Sri Lanka », d’après le ministre des Affaires étrangères.

Le président Rajapakse a pour sa part appelé la population à défiler le 1er mai pour protester contre le rapport onusien.

Pour lire d’autres articles sur un des thèmes abordés ici, utiliser la fonction «  recherche avancée »
Chartes  |  Qui sommes-nous ?  |  Impressum  |  contact
Palais des Nations, Bureau S-84  |  Avenue de la Paix 8-14  |  CH-1211 Genève 10  |  T: +41 22 917 29 30  
réalisé par vocables.com avec Spip
sommaire le temps L´Orient-Le Jour Geopolitis swissinfo LE COURRIER rue 89 Slate Afrique ipsnews