Egypte : une santé à bout de souffle

Une mère et son enfant recevant des soins dans le service néonatal d’un hôpital égyptien. ©USAID
15 septembre 14 - Le système de santé égyptien est à l’agonie. Des médecins tirent la sonnette d’alarme pour réformer un secteur dont les plus pauvres sont les victimes.

Cam MacGrath au Caire/InfoSud-IPS - Depuis longtemps, Magda Ibrahim ressentait de fortes douleurs à la vessie, accompagnées de saignements anormaux. Quand cette veuve de 53 ans s’est décidé à consulter un médecin, le couperet est tombé : cancer de l’endomètre. Impossible pour cette Egyptienne, qui ne bénéficie d’aucune assurance-santé, de payer son traitement dans un hôpital du Caire.

Elle s’est donc tournée vers ce qu’elle espérait être une thérapie rapide et à moindre frais. A coup d’incantations religieuses et d’un don adapté à son maigre porte-monnaie, un cheikh musulman lui a promis la guérison. Mais ses symptômes persistant, Magda s’est tournée vers un herboriste réputé dans son quartier, qui lui a prescrit de la wasfa, un élixir à base de plantes censé anéantir les tumeurs.

« C’est vrai que je me suis sentie beaucoup mieux pendant quelques mois, et j’ai pensé que mon cancer était vaincu », raconte Magda. Et d’ajouter : « Mais ensuite, ça a été encore pire ». Quand elle est retournée à l’hôpital l’année suivante, non seulement la tumeur était toujours là, mais le cancer s’était aussi propagé à ses ganglions lymphatiques. En outre, la mixture herbacée qu’elle ingurgitait avait grandement affaibli ses reins.

Une histoire pareille à celle de milliers d’autres malades égyptiens, d’après le docteur Ahmad Bakr. Pour ce pédiatre, « l’Egypte est un "champ miné" par la mauvaise médecine », et une réforme du système de soins est urgente. Selon lui, la faute incombe aux gouvernements successifs qui ont à la fois mal régulé le secteur médical, et mal assuré l’éducation du public sur les questions de santé. Ainsi, les Egyptiens qui n’ont pas de moyens financiers se retrouvent pris au piège d’un système de soins inégalitaires, où les plus vulnérables sont facilement la proie de charlatans.

Faux médecins

De nombreuses petites cliniques mobiles, où officient du personnel soignant peu formé et surtout peu scrupuleux, sillonnent les rues des villes comme des villages. Une clinique privée égyptienne sur cinq exercerait sans licence, tandis que des milliers de médecins utiliseraient de fausses références ou n’auraient pas reçu de formation officielle. Certains d’entre eux travailleraient dans des hôpitaux prestigieux, selon le Dr Bakr.

Les critiques estiment que le gouvernement égyptien contribue à un climat d’irresponsabilité médicale. Les médias d’Etat exagère systématiquement les menaces sanitaires et nourrissent l’hystérie du public, tandis que les réactions instinctives des autorités gouvernementales - y compris parmi les hauts fonctionnaires de la santé –, à coup de discours populistes, ne servent qu’à conforter leurs ambitions politiques.

En février, l’armée égyptienne a annoncé avoir mis au point un dispositif qui permettrait -sans prise de sang- de diagnostiquer et de guérir le sida, l’hépatite C, la grippe porcine et plusieurs autres maladies d’origine virale, psoriasis compris. "Dieu soit loué, tu avais un Sida et il est parti", explique un pseudo docteur à son "patient", dans une vidéo de propagande de l’armée égyptienne diffusée à la télévision. Ne se basant sur aucune preuve scientifique, cette annonce a mis en émoi le monde médical tant égyptien qu’international.

Egyptiens mal informés

Syndrome Respiratoire Aigu Sévère (SRAS), grippe aviaire, Syndrome Respiratoire du Moyen-Orient (MERS)… Chaque pandémie mondiale est une occasion en or pour la myriade de charlatans qui pullulent en Egypte, pour escroquer une population mal informée. « A chaque alerte sanitaire, c’est la même rengaine, remarque Amgad Sherif, pharmacien au Caire. Les gens paniquent et jettent la science par la fenêtre. Le faible niveau d’instruction et le taux d’analphabétisme élevé chez les Egyptiens les rend sensibles à croire même les demandes médicales les plus ridicules ».

L’une des escroqueries populaires les plus répandues consiste à ce que des personnes, qui se prétendent envoyées par le Ministère de la santé, proposent des « traitements préventifs » coûteux contre les maladies infectieuses aux populations de quartiers défavorisés. Il n’est pas rare de voir une myriade de personnels médicaux, armés de faux badges officiels sur leurs blouses blanches, administrer de faux vaccins à des familles sans méfiance.

Les médecins autoproclamés et autres guérisseurs sont particulièrement difficiles à attraper, avancent les autorités, car ils travaillent surtout dans des appartements loués et leur publicité se fait par le bouche-à-oreille. Récemment, un fonctionnaire du ministère de la justice déclarait au journal pan-arabe Al Arabiya : « Notre travail est difficile car en Egypte, il y a presque un sorcier pour chaque citoyen ».

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