Des Ougandaises "corrigées" pour une simple minijupe

Ce n’est pas la première fois que le gouvernement de Yoweri Museveni s’en prend aux droits des femmes. DR
31 mars 14 - La loi « anti pornographie », votée par le parlement ougandais le mois dernier, fait clairement régresser les droits des femmes dans le pays. Ce n’est pas la première fois.

De retour de Kampala, Taylor Toeka Kakala/InfoSud - Une femme qui porte une minijupe dans la rue, quoi de plus banal dans la plupart des démocraties. Pourtant, en Ouganda, c’est un motif suffisant pour l’agresser, et ce en toute légalité. La victime peut essayer tant bien que mal de se défendre, rien n’y fera : elle sera dévêtue de force sur place, au milieu de la place publique.

Cette mésaventure traumatisante a été vécue par plusieurs Ougandaises depuis que Kampala a adopté une loi « antipornographie », en février dernier. Promulgué en même temps qu’une autre loi controversée qui durcit drastiquement les sanctions contre les homosexuels – et qui a provoqué de vives réactions internationales –, ce texte, qui interdit l’exhibition des parties intimes ainsi que des seins et des cuisses, prohibe les « attitudes sensuelles » et prive d’antenne des artistes trop légèrement vêtus…

Marche de protestation

A l’origine de cette loi se trouve Simon Lokodo, le ministre ougandais de l’Ethique et de l’Intégrité. Ce dernier a indiqué que les femmes qui ne portent « rien au-dessus du genou » seraient arrêtées. Pourtant, Patience Akumu, journaliste et activiste ougandaise, ne croyait pas franchement les témoignages qu’on lui rapportait sur ces déshabillages de femmes en pleine rue. Mais lorsqu’elle-même a été pourchassée en plein marché central de Kampala, la capitale, par des hommes qui menaçaient de la « débarrasser » de son short, elle s’est vite résolue à rentrer chez elle pour se changer.

Scandalisée, elle a décidé d’organiser une marche de protestation. Au commissariat, où elle s’est rendue fin février afin d’obtenir l’autorisation de manifester, les policiers lui ont interdit l’entrée, au motif qu’elle portait justement une minijupe. Et la manifestation a été interdite. Mais quelque deux cents femmes ont quand même réussi à exprimer leur colère au parc national du Théâtre de Kampala, avec des slogans assez explicites sur les réels problèmes de l’Ouganda : « Mon corps, mon affaire », « Ne touche pas à ma minijupe », ou encore « Eloigne tes yeux de mes cuisses et règle l’économie ».

Révélateur de la valeur accordée aux femmes

Mais le gouvernement reste bien décidé à faire appliquer son texte. Dans la ville de Bukomansibi, deux Ougandaises qui comparaissaient le 7 mars pour un litige financier les opposant ont été les premières, selon la police, à faire pénalement les frais de « la loi des minijupes » (Le Courrier du 8 mars 2014). Avant même d’examiner leur affaire, la juge les a condamnées à trois heures d’emprisonnement pour « outrage à la cour », car elles y ont pénétré court vêtues. Et la magistrate de préciser qu’en cas de récidive, la peine serait plus lourde.

Ce n’est pas la première fois que le gouvernement de Yoweri Museveni s’en prend directement aux droits des femmes. Alors que la Constitution interdit la discrimination entre les sexes, la réalité est tout autre. Déjà en 2013, le parlement a rejeté le projet de loi « mariage et divorce », qui garantissait à l’épouse la moitié des biens de son mari en cas de séparation, et qui criminalisait le viol conjugal. Pour Tina Musuya, la responsable de l’ONG Centre pour la prévention de violence domestique, cette « loi des minijupes » est donc une régression supplémentaire pour les Ougandaises. Selon elle, « ce débat est révélateur de la valeur accordée à la femme dans la société ougandaise : il reste encore beaucoup à faire ».

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