De Kinshasa à Hollywood : l’incroyable destin de Rachel Mwanza

Catherine Morand, journaliste. DR
30 janvier 14 - Depuis quelques semaines, on ne voit et on n’entend plus qu’elle, sur les plateaux de télévision, sur les ondes de toutes les radios. Elle, c’est Rachel Mwanza… Retour sur un parcours étonnant avec Catherine Morand, journaliste.

Catherine Morand, journaliste/ Lausanne - Depuis quelques semaines, on ne voit et on n’entend plus qu’elle, sur les plateaux de télévision, sur les ondes de toutes les radios. Elle, c’est Rachel Mwanza…

…une jeune fille congolaise de 17 ans, qui égrène d’une voix d’une douceur infinie le parcours hallucinant qui est le sien : son destin qui se brise lorsque son père abandonne sa mère et ses cinq frères et sœurs ; sa maman, totalement perdue, démunie, qui perd pied et se tourne alors vers un prédicateur affairiste qui prétend qu’elle est une sorcière. Après des séances d’exorcisme, qui s’apparentent à des séances de torture, Rachel Mwanza, qui n’a que 9 ans est jetée à la rue.

Elle rejoint alors ces milliers d’enfants, qu’on appelle les « shégués » à Kinshasa, qui tentent de survivre dans la rue, proies faciles de toutes sortes de « prédateurs ». « Des enfants de 6 ans, voire 3 ans, se font violer par de vieux messieurs, de vieux voyous », raconte Rachel Mwanza de sa voix enfantine. Elle sera elle-même victime de viol par un homme âgé, qui prétendait l’aider en l’hébergeant, alors qu’elle grelottait sous la pluie.

Mais après quatre ans d’enfer, le destin de la petite fille bascule. Elle rencontre une équipe de tournage belge qui réalise un reportage sur les enfants des rues, lequel deviendra un film. « Kinshasa Kids » raconte l’histoire de huit enfants vivant dans la rue, dorment sur les toits entassés les uns sur les autres, mangent quand ils peuvent, et décident de monter un groupe de musique dirigée par Bebson, un rappeur halluciné qui se promeut manager.

Dans ce film, Rachel, véritable graine de star, crève l’écran. C’est comme cela que le réalisateur canadien Kim Nguyen la remarque, et lui confie le rôle principal dans son film « Rebelle », inspiré de faits réels. Ce long-métrage met en scène une adolescente de 14 ans, Komona, qui raconte à l’enfant qu’elle attend son passé d’enfant soldate. « Ecoute bien quand je te raconte mon histoire, parce que c’est important que tu comprennes », dit-elle à son futur bébé. Ce rôle a valu à Rachel l’Ours d’Argent de la meilleure actrice au prestigieux Festival du film de Berlin. Et lui a permis de fouler le tapis rouge de l’édition 2013 de la cérémonie des Oscar à Hollywood, où le film était nominé sur la liste des meilleurs films en langue étrangère.

Incroyable destin. Mais Rachel Mwanza n’oublie rien. Dès qu’on lui tend un micro, elle revient sur la vie dans la rue qui fut la sienne, et qui est toujours celle des milliers d’autres enfants. Elle raconte aussi son parcours dans un livre qui vient de paraître, le 23 janvier 2014, intitulé « Survivre pour voir ce jour », en collaboration avec le journaliste d’origine congolaise Mbépongo Dédy Bilamba.

Elle dénonce l’enfer dans lequel sont plongés les enfants accusés d’être des sorciers par des escrocs qui cherchent avant tout à soutirer de l’argent à des familles que la misère et le malheur ont plongé dans un tel désarroi, qu’elles sont prêtes à sacrifier leurs propres enfants. Dans un rapport publié par l’Unicef en juillet 2010, intitulé « Afrique : le martyre des « enfants sorciers » plusieurs petites victimes ont raconté les traitements « spirituels » que leur avaient avait infligés des soit-disant « pasteurs » après leur avoir extorqué des « confessions » : privation de nourriture pendant des jours, corps brûlés avec des bougies, potions ingurgitées ou versées dans les yeux… La liste des horreurs est sans fin.

Aujourd’hui, Rachel Mwanza vit au Canada ; elle est en train de réaliser un rêve, celui d’aller à l’école, qu’elle avait dû abandonner très tôt, et devenir une « actrice professionnelle ». Elle vit le bonheur d’être enfin traitée comme un être humain. Sur recommandation de Yamina Benguigui, ministre de la Francophonie, émue par sa formidable trajectoire, elle va continuer à apporter son témoignage sur le calvaire des « enfants-sorciers », en tant que future ambassadrice de bonne volonté à l’Unesco.

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