Dans le silence accablant d’Idlib

7 mai 12 - Une experte d’Amnesty International s’est rendue dans la ville syrienne. Les témoignages qu’elle a recueillis sont terrifiants.

Lire l’article de Luis Lema dans Le Temps.

Un silence pesant s’est abattu sur Idlib. Dans leurs camions ouverts, des centaines de soldats, en uniforme ou en civil (les fameuses shabiha, les milices qui prêtent main-forte à l’armée), quadrillent les rues de la ville du nord-ouest de la Syrie. Nous sommes vendredi 4 mai. Dans un moment, des observateurs de l’ONU arriveront à leur tour dans ce qui est devenu pratiquement une ville fantôme. « Les rares passants évitaient de s’approcher, explique Donatella Rovera. Moi-même, j’étais à proximité, mais je n’ai pas osé aller leur parler. Marcher à leur rencontre, ç’aurait été courir le risque de se faire repérer immédiatement. »

Alors que le médiateur Kofi Annan doit faire, mardi, une nouvelle fois rapport de la situation sur le terrain devant le Conseil de sécurité des Nations unies, le témoignage de Donatella Rovera est l’un des seuls à provenir de la ville du nord-ouest syrien, proche de la frontière turque. Cette chercheuse d’Amnesty International, habituée à travailler dans les zones de guerre, a passé une dizaine de jours dans la région. Privée de visa et donc forcée à la clandestinité, elle a réuni des preuves accablantes sur la terreur que font régner au quotidien les forces gouvernementales.

« Les gens veulent parler. Ils se sentent abandonnés de tous. Ils en viennent à se croire victimes d’une grande conspiration internationale qui, au moyen du plan Annan, ne viserait qu’à prolonger leur souffrance. » Or, lorsque les habitants d’Idlib et des villages de la région se mettent à parler, leurs témoignages glacent le sang.

A Saraqeb, l’un de ces petits villages, une femme a raconté à la chercheuse comment les militaires ont embarqué son fils Oudaï (15 ans) et le frère de la mère, Mohamed Saad (21 ans). « Ne prenez pas Oudaï, ce n’est qu’un enfant. Il regarde encore les dessins animés à la télévision », suppliait la mère. Les deux jeunes hommes ont été retrouvés le soir, amoncelés avec d’autres corps, à 50 mètres de la maison, froidement exécutés.

Ailleurs, aux exécutions sommaires s’ajoute ce que l’envoyée d’Amnesty International appelle « un acharnement absolument gratuit ». Comme à Taftanaz, où trois frères (âgés de 20 à 27 ans) ont été embarqués au petit matin par une unité de l’armée. Une heure plus tard, leurs corps sans vie brûlaient à quelques mètres de la maison, les mains encore attachées.

La volonté délibérée de terroriser les habitants ? Des actes de représailles visant à venger les actions des rebelles ? Un peu partout, note Donatella Rovera, « des centaines et des centaines » de maisons ont été brûlées. Des magasins, les pharmacies ou les dispensaires médicaux sont systématiquement pris pour cible. « Le mode opératoire semble identique partout. Cela exclut la possibilité que ces actes soient le fruit des combats, ou qu’il s’agisse seulement de quelques éléments indisciplinés de l’armée. »

Les soldats signent leur passage de graffitis, tels : « Bachar (el-Assad, le président) ou la mort pour tous », ou encore : « Si vous résistez, on reviendra avec plus de force encore ».

Face à de tels agissements, le rôle des observateurs de l’ONU apparaît, au mieux, dérisoire. « Les observateurs ne font pas d’enquêtes. Il y a une semaine, des obus sont tombés sur le village de Jisr al-Shughur, mais ils ne sont pas venus. En réalité, on ne connaît pas grand-chose de leur façon de fonctionner. »

Entre deux rondes punitives, les forces armées entourent les villages et la ville d’Idlib, finissant d’asphyxier toute activité économique. « Les gens continuent de manifester à l’intérieur des villes. Mais les déplacements sont devenus très difficiles. Il y a des barrages militaires partout. »

Au-delà des villageois désespérés, Donatella Rovera dit aussi avoir rencontré quelques groupes de combattants rebelles de l’Armée syrienne libre, mais surtout bon nombre de déserteurs de l’armée régulière. Tentant de se cacher ou de rejoindre leur maison, ces déserteurs risquent l’exécution pure et simple s’ils sont découverts.

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