Cuba, champion de l’esquive

Le Conseil des droits de l’homme à Genève. (DR)
3 mai 13 - Passant l’examen périodique universel au Conseil de droits de l’homme à Genève, la Havane multiplie les interventions des pays amis pour tenter de diluer ses responsabilités.

Genève, Carole Vann et Juan Gasparini/InfoSud - Le pays des frères Castro s’érige en modèle des « démocratures », le dernier cri en matière de dictatures : une répression féroce sous vernis d’ouverture, le tout orchestré par un système policier passé maître dans l’art de l’embrouille. Cette semaine à Genève, Cuba a, une fois de plus, tenté de « biaiser » son deuxième examen périodique universel (EPU). Cette procédure onusienne, mise sur pied en 2008, contraint chaque Etat à évaluer, devant ses pairs, son respect des libertés et des droits. Et ce, tous les quatre ans.

Mercredi après-midi était consacré à l’île caraïbe. Or, La Havane a incité ses pays alliés à intervenir, gonflant ainsi le nombre de prises de parole à 134. Du jamais-vu dans l’histoire du Conseil des droits de l’homme ! Du coup, chaque Etat disposait de 51 secondes pour émettre ses critiques et recommandations. Une astuce que le gouvernement cubain a introduite, à la suite des réformes que l’ONU a mises en place en 2012, pour justement contrer des esquives de certains pays lors du premier cycle de l’EPU.

« Détentions express »

Dans la formule initiale, seuls les 60 premiers pays inscrits pouvaient formuler les critiques à l’encontre de l’Etat examiné. Plusieurs pays (parmi eux, la Tunisie de Ben Ali et, déjà, Cuba), poussaient les Etats amis à s’inscrire, bloquant ainsi la route à ceux qui avaient de réelles critiques. Pour éviter que l’EPU, dénoncée alors comme une « mascarade », ne soit vidée de sa substance et ne perde sa crédibilité, des réformes ont été introduites, garantissant la parole à tous les Etats inscrits. Du coup, plus d’intervenants, moins de temps de parole.

Dans cette course contre la montre, deux stratégies se sont opposées : les « copains » – beaucoup de pays africains et asiatiques – se confondaient en salamalecs et en éloges sur les systèmes de santé et d’éducation de l’île. Tandis que les autres – parmi eux, la France, la Belgique, la Suisse, les Etats-Unis – sautaient les politesses d’usage pour aller droit au but : ratification des deux pactes des droits de l’homme (c’est le seul gouvernement à n’en avoir ratifié aucun), abolition de la peine de mort, droit de rassemblement et d’expression, libération des journalistes et activistes, autorisations pour les experts de l’ONU d’entrer dans le pays, amélioration et mises aux normes internationales des conditions d’incarcération…

De nombreux diplomates ont aussi déploré les violences contre les femmes, le racisme et les « détentions express », nouvelle technique d’intimidation en vogue sur l’île : les prétendus activistes sont arrêtés pour quelques jours, puis libérés et arrêtés à nouveau. Pas de jugements, pas de différenciation entre prisonniers politiques et de droits communs. Les statistiques sont ainsi biaisées.

Deux cents prisons

« Cet amalgame est volontaire, dénonce Sanchez Elizardo, président de la Commission cubaine des droits de l’homme. Depuis dix ans, la répression, chez nous, adopte un profil bas. Les sentences très longues dont écopaient les prisonniers politiques (25 à 30 ans) ont été remplacées par ces détentions express. Conséquence : officiellement, le nombre de prisonniers politiques a diminué, mais en réalité les emprisonnements sans jugement sont montés en flèche. A titre indicatif, sous Batista [le prédécesseur proaméricain de Fidel Castro], il y avait 19 prisons et moins de 8000 prisonniers. Aujourd’hui, il y a plus de 200 prisons et 70 000 prisonniers. »

Venu à Genève tirer la sonnette d’alarme à l’occasion de l’EPU de Cuba, Sanchez Elizardo rappelle que tous les défenseurs des libertés demandent la fin de l’embargo des Etats-Unis. Et de rappeler qu’en dépit des apparences, Cuba reste une société très fermée et policée : le CICR ne peut pas visiter les prisons ; il y a une énorme liste noire de journalistes du monde entier ; ceux qui sont autorisés à entrer sont surveillés 24 heures sur 24 par la police secrète ; les services d’espionnage sont partout. Les journaux, Internet, la radio et la TV sont aussi complètement contrôlés.

Ce vendredi, Cuba devra se prononcer sur 355 recommandations, un nouveau record. Par quelle pirouette La Havane répondra-t-elle cette fois ?

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