Crainte d’une radicalisation des musulmans éthiopiens

Cette ingérence de l’Etat dans leurs affaires religieuses provoque la colère des musulmans éthiopiens. ©DR
4 novembre 13 - Addis-Abeba refuse de satisfaire les revendications de la minorité musulmane et répond par la répression. Au risque de voir certains d’entre eux baculer dans l’extrémisme.

Addis-Abeba, Ed McKenna/InfoSud-IPS - Imams emprisonnés, manifestants tabassés, liberté de culte bafouée : les relations sont de plus en plus tendues entre le régime éthiopien et sa communauté musulmane. Bien qu’elle représente près d’un tiers des 91 millions d’habitants, ses membres sont très peu représentés dans les institutions politiques. Et maintenant, le régime veut aussi influencer le choix de leurs chefs spirituels ou de leurs professeurs, arguant que la plupart de ceux déjà en place seraient des extrémistes.

Cette ingérence de l’Etat dans leurs affaires religieuses provoque la colère des musulmans éthiopiens. Ces derniers accusent les autorités d’avoir notamment infiltré la plus importante institution politique musulmane du pays, le Conseil suprême des affaires islamiques d’Ethiopie. Ses responsables officiels ont été arrêtés et aussitôt remplacés par des prédicateurs issus de la secte Al-Habashi.

Ce mouvement sunnite, implanté depuis une cinquantaine d’années dans le pays, a les faveurs d’Addis-Abeba. Se réclamant du soufisme, il s’oppose au wahhabisme et aux groupes salafistes. Ces derniers, de plus en plus puissants en Ethiopie comme dans d’autres pays africains, considèrent ce mouvement comme hérétique car il s’oppose au djihad (guerre sainte).

Région volatile

En ce sens, l’attaque terroriste menée fin septembre par les extrémistes somaliens Shebab dans le centre commercial Westgate à Nairobi, au Kenya voisin, soulève beaucoup d’inquiétudes. Pour de nombreux observateurs, plus le gouvernement refusera de dialoguer avec les musulmans, plus il créera des frustrations, poussant certains vers un fanatisme aveugle.

« La Corne de l’Afrique regroupe la troisième plus grande population musulmane au monde, souligne Mehari Taddele Maru, directeur du Programme pour la prévention des conflits en Afrique. Mais la région est de plus en plus volatile, surtout en raison de la guerre menée en Somalie contre les Shebab. Cette organisation liée à Al-Qaida a déjà déclaré plusieurs fois le djihad contre l’Ethiopie. »

Pour le moment, la plupart des manifestations organisées depuis deux ans par des musulmans éthiopiens ont été pacifiques. « Mais il y a cette présomption dangereuse selon laquelle, lorsque des musulmans protestent pour leurs droits, c’est qu’ils sont sous l’influence des radicaux », remarque Terje Ostebo, un expert des mouvements islamistes en Afrique de l’Est. « Or, une grande partie du débat au sein de la société islamique en Ethiopie porte sur la politique de reconnaissance. Les jeunes tentent de trouver leur identité à la fois en tant qu’Ethiopiens et en tant que musulmans. Pour désamorcer l’extrémisme potentiel dans le pays, le gouvernement doit d’abord régler les revendications existantes. »

Arrestations arbitraires

Mais Addis-Abeba ne partage pas ce point de vue. Le 4 août, 14 musulmans ont été abattus par les forces de l’ordre lors de l’arrestation d’un imam. Le gouvernement est alors tombé sous le feu des organisations des droits humains pour sa réaction musclée.

« Les services de sécurité multiplient les arrestations arbitraires en utilisant de façon abusive la loi antiterroriste, s’insurge Claire Beston, chercheuse sur l’Ethiopie pour Amnesty International. C’est une violation du droit des gens à manifester pacifiquement, stipulé par la Constitution. »

Quelques jours plus tard, lors de la fin du jeûne du ramadan, des milliers de musulmans se sont réunis à Addis-Abeba pour demander des droits religieux. Un défilé encore une fois réprimé.

« Ces manifestants veulent que l’Ethiopie devienne un Etat islamique », assure Shimeles Kemal. Et le porte-parole du gouvernement de poursuivre : « Leurs professeurs sont soutenus par des pays du Moyen-Orient. Pour nous, il n’y a aucune discussion et encore moins de négociations possibles avec des terroristes. »

Face à ce mur, les prédictions les plus alarmantes commencent à émerger. Selon Mehari Taddele Maru, « il y a de bonnes raisons de craindre que l’extrémisme ne prenne racine dans la communauté musulmane éthiopienne. Et cela finit toujours mal. »

Pour lire d’autres articles sur un des thèmes abordés ici, utiliser la fonction «  recherche avancée »
Chartes  |  Qui sommes-nous ?  |  Impressum  |  contact
Palais des Nations, Bureau S-84  |  Avenue de la Paix 8-14  |  CH-1211 Genève 10  |  T: +41 22 917 29 30  
réalisé par vocables.com avec Spip
sommaire le temps L´Orient-Le Jour Geopolitis swissinfo LE COURRIER rue 89 Slate Afrique ipsnews