Côte d’Ivoire, l’embellie économique ne freine pas la pauvreté

Le pont Henri Konan Bédié DR
1er décembre 14 - Alors que la Côte d’Ivoire, connait une croissance insolente –près de 10% attendus en 2014-, un habitant sur deux est pauvre. Ptincipales causes : les effets de la crise post-électorale de 2010, et la destruction des PME, au nom d’une politique d’assainissement lancée par le gouvernement.

Abidjan, Alexis Adele/InfoSud - Depuis trois ans qu’Alassane Ouattara est au pouvoir, Abidjan vit au rythme de gigantesques travaux : construction d’un échangeur au sud pour désengorger la ville des bouchons, réalisation d’un troisième pont qui doit être terminé en décembre 2014… La capitale économique ivoirienne est à l’image du pays, en chantier permanent.

Un bon indice pour jauger de la confiance retrouvée des investisseurs, après la décennie de crise entre 2002 et 2011. Et ce n’est peut-être que le début. En janvier dernier, ces mêmes bailleurs de fonds, dont la France, la Banque mondiale, l’UE, ont promis d’investir 443 milliards Fcfa (environ 810 millions de francs suisses) dans divers secteurs d’activités générant des emplois.

Un engagement rendu possible grâce aux réformes entreprises dans le cadre d’Emergence 2020. Lancé en 2013 par le gouvernement, cet ambitieux programme vient souutenir plusieurs secteurs porteurs de l’économie ivoirienne, notamment le cacao, dont le pays est le premier producteur mondial. Et cette embellie, le gouvernement ne cesse de la rappeler aux populations à coups de publicité dans la presse et sur d’immenses affiches sur la voie publique.

Croissance en trompe-l’oeil

Mais, au bord de la lagune Ebrié, tous ces chantiers étatiques peinent à cacher la galère vécue par une large partie de la population, dont la moitié vit avec moins d’un dollar par jour et qui doit faire face à la hausse croissante du coût de la vie.

« Le prix du kilo de riz ou de viande ne cesse d’augmenter, se lamente le tchauffeur de bus Moussa Bakayoko, la tête entre les mains. Les factures d’eau et d’électricité grimpent. On ne peut pas subvenir à nos besoins et nous ne mangeons qu’une fois par jour… voilà la réalité ».

En consultation au centre de santé communautaire de Port-Bouët Adjouffou (sud d’Abidjan), Bakayoko tient une ordonnance de 3.000 Fcfa (5,5 francs suisses) de sa fille, souffrant d’un accès palustre. « Comment vais-je soigner mon enfant, je n’ai pas les moyens d’acheter les médicaments ? », demande-t-il, impuissant, face à une situation presque généralisée dans le pays.

Selon une étude réalisée en 2013 par l’Institut national de statistique (INS), près de 70% des familles ivoiriennes éprouvent des difficultés pour se nourrir et se soigner. Plus grave, une famille sur trois n’a pas accès à l’eau potable, surtout à Abidjan.

Peu d’eau potable à Abdijan

A Koumassi-Mossikro, sous-quartier précaire situé au pied du troisième pont en construction, une dizaine de personnes se bousculent autour d’une fontaine. “Il faut se réveiller tôt le matin pour chercher de l’eau, remarque Edith Touré, une commerçante. Les robinets sont régulièrement à sec et on doit parcourir une longue distance pour s’approvisionner ».

Problème récurrent depuis trois ans, la pénurie d’eau a souvent exposé la population au choléra, dont deux nouveaux cas ont été détectés mi-novembre à Yopougon (ouest d’Abidjan). « Nous passons souvent une semaine sans eau. C’est éprouvant », soupire Alice Aka, 28 ans, vendeuse à Yopougon.

Destruction des petits commerces

Avec elle, ils sont nombreux les Ivoiriens à vivre cette souffrance au quotidien, comme l’a souligné début novembre, le Directeur des opérations de la Banque mondiale en Côte d’Ivoire, Ousmane Diagana. « Le niveau de pauvreté est très élevé en Côte d’Ivoire. Dans six ou sept régions du pays, il est facile d’identifier ces populations qui ne jouissent pas des retombées de la croissance ».

Pour l’enseignant-chercheur à l’université de Bouaké, Séraphin Yao Prao, cela s’explique par la vague de licenciements constatée après la crise post-électorale, et les récentes destructions des moyens de production de milliers de petits opérateurs économiques

Cette opération, dite d’assainissement, a largement marqué la classe populaire ivoirienne : tous les petits commerces qui obstruaient les voies publiques ont été détruits… et leurs sites ont été cédés à de grands opérateurs économiques pour construire des supermarchés ou d’autres grandes industries.

Résultat : de nombreux actifs se sont retrouvés sans emploi– près de 986.220 chômeurs enregistrés en 2013, soit un taux de chômage de 10%-. La solution, estime Séraphin Yao Prao, ne peut que venir de l’Etat.

« Tant que le gouvernement n’agira pas sur les leviers essentiels de lutte contre la pauvreté, la croissance économique sera virtuelle pour les populations. Parce qu’avec la cherté actuelle de la vie, ce sont de milliers de famille que l’on conduit droit à l’abattoir ».

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