Chez les Yekuanas, « le sentiment que les blancs veulent se débarrasser de nous »

4 mars 14

Lire le reportage de Valeria Costa-Kostritsky sur Slate.fr

"On avait mis deux jours à venir. Cinq heures d’avion depuis São Paulo jusqu’à Boa Vista, la capitale de l’Etat du Roraima, tout au nord du Brésil. Une visite à l’état-major pour nous entendre rappeler que nous serions sous la responsabilité de l’armée. Puis une heure et demie de vol au-dessus de la forêt amazonienne dans un petit avion privé.

Nous étions au milieu de la jungle, en territoire yanomami, une « terre indigène » exclusivement réservée aux Amérindiens, homologuée depuis 1992, dont la superficie de 96.650 km2 est légèrement supérieure à celle du Portugal.

La zone que nous découvrions s’appelle Auaris. Elle est polarisée par la piste d’atterrissage qui jouxte une base militaire datant des années 1960 (soit les débuts de la dictature brésilienne, qui a vu se multiplier les bases militaires sur les frontières du Brésil). Tout près de la piste se trouve un village d’Indiens Sanomas – dont certains, en guenilles, sont venus nous observer alors que nous descendions de l’avion.

A vingt minutes de marche, notre destination, un village d’Indiens Yekuanas, une ethnie plus prospère. Leur nom signifie « peuple de la pirogue ». Depuis la création de la piste d’atterrissage, les Amérindiens de la zone se rendent moins fréquemment à la ville en pirogue. La navigation est difficile et interrompue par plusieurs cascades. On met plus de trente jours par le fleuve.

Le village Yekuana regroupe quelques maisons en terre et des jardins rudimentaires. Nous dormirons dans la maison principale –qui abrite les réunions des hommes du village. Quelques hommes sont sortis nous accueillir. Ils portent des vêtements à l’occidentale : short et t-shirt surmonté d’un grand collier qui s’entrecroise sur leur torse. Les femmes et les enfants sont restés invisibles. La réunion qui était censée se produire ne s’est pas produite. Pas de fête non plus. On s’est endormis dans nos hamacs, bercés par les conversations des hommes qui ont discuté en yekuana jusque tard dans la nuit.

Ce jour-là, on a appris qu’un adolescent du village s’était pendu une semaine plus tôt, et que ces dernières années une épidémie de suicides s’est produite chez les jeunes Yekuanas. La communauté était en deuil.

Le lendemain, plusieurs Yekuanas nous ont fait part de leur inquiétude. Tomé, un des chefs du village, s’est assis à la table de la maison où nous avions dormi et il a partagé avec nous les galettes de manioc et le manioc dilué dans l’eau qui constituent la base de l’alimentation de la tribu. A 62 ans, il cite son grand-père, qui n’avait jamais vu d’avions mais qui disait qu’un jour des objets venus du ciel viendraient, apportant des maladies et des vents mauvais (les gaz industriels).

« Nous avons parlé jusqu’à tard hier soir, a-t-il expliqué, en portugais. Nous voulons vous dire ce qui se passe et qui nous sommes. Les actions de blancs nous inquiètent. Le gouvernement dit que nous sommes paresseux. Nous avons le sentiment qu’ils veulent se débarrasser de nous. L’école où nous envoyons nos enfants leur inculque des savoirs blancs. Ils risquent de se mettre à vivre comme des blancs et d’oublier qui ils sont. »

La plupart des Yekuanas vivent au Venezuela, de l’autre côté de la frontière. Il y a cependant quelques communautés au Brésil. Les membre de la tribu, qui vivent dans une zone fort peu accessible du Brésil, sont réputés timides, et méfiants quant aux incursions de blancs."

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