Canal de Panama : le peuple réclame sa part du gâteau

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21 octobre 14 - Avec l’expansion du canal, le Panama veut tripler sa part dans le commerce maritime mondial. De nombreux Panaméens espèrent enfin bénéficier de la principale source de revenus de leur pays, et dénoncent un système social de plus en plus inégalitaire.

Panama City, Fabiola Ortiz/InfoSud-IPS - Cent ans après son inauguration, le canal de Panama, qui relie les océans Atlantique et Pacifique, va connaître une nouvelle expansion capitale pour son avenir. Au cœur de ce gigantesque projet d’ingéniérie se trouve notamment la construction d’une troisième écluse, plus grande que les deux initialement créées, qui permettra d’accueillir des tankers et autres géants des mers appelés Post-Panamax, dépassant les 400m de long et transportant jusqu’à 14’000 conteneurs.

Actuellement, les 12’000 navires type Panamax qui empruntent cette voie maritime chaque année ne dépassent pas 300m pour un maximum de 5’000 conteneurs, ce qui limite la part du canal de Panama à 5% du commerce maritime mondial. L’Autorité du canal de Panama espère tripler cette participation à l’horizon 2015, lorsque les travaux débutés en 2007 seront achevés.

Mais si ce projet suscite beaucoup d’espoir parmi les Panaméens, nombreux sont les sceptiques quant aux réelles retombées financières pour la population. Certes, le canal compte pour plus d’un milliard de dollars du budget national, et selon différentes projections, les revenus engendrés par la traversée de l’isthme atteindront 2,5 milliards de dollars en 2019 et six milliards en 2025. Il y a donc fort à parier que le pays conservera sa place d’économie la plus puissante d’Amérique centrale.

Pénurie de centres de santé

Les travaux titanesques en cours ont offert une bouffée d’air aux Panaméens avec quelque 7’000 travailleurs employés sur le chantier, dont 90% de locaux, selon l’Autorité. Cependant, l’insolente croissance annuelle de 7% du pays cache mal les disparités grandissantes parmi les 3,8 millions de Panaméens, dont un tiers vit en-dessous du seuil de pauvreté. “Un chiffre sous-évalué”, selon Olmedo García, directeur de l’Institut du Canal de Panama. Dans les campagnes, la moitié de la population vivrait dans la précarité. Pire, ce taux grimperait à 80% parmi la communauté indigène.

Des milliers de familles manquent d’eau potable, et les services de base comme l’accès aux soins ou aux transports sont complètement défaillants, voire inexistants. Les bâtiments de la ville historique de Colón, sur le bord de la mer des Caraïbes, tombent en ruines, faute d’entretien du gouvernement. Une décrépitude qui contraste fortement avec la modernité affichée pr la zone de libre-échange située dans le même secteur –la deuxième plus grande au monde après Hong-Kong-, oú les buildings le dispute aux centres commerciaux.

“Grave fracture sociale”

Cesar Santos, 32 ans, vit à Colón. Vendeur de fruits et légumes sur le marché municipal de la ville, il commence ses journées aux aurores pour finir tard le soir. “Malgré cela, je gagne à peine de quoi vivre”, confie-t-il. Des difficultés qui dépassent son propore cas selon lui. Et de pointer en particulier l’absence d’assainissement et de drainage efficaces en ville. « A la moindre averse, tout est inondé et les rues deviennent impraticables, la ville se retrouve paralysée”.

Cesar dénonce aussi les mauvaises conditions de vie des urbains. « Les pauvres vivent dans des maisons délabrées et inhabitables. Les vols et les agressions sont monnaie courante, sans que le gouvernement bouge le petit doigt, comme s’il nous avait oublié. Seule la zone de libre-échange nous permet de respirer un peu, sinon nous serions encore plus pauvres.”

Pour Olmedo Garcia, "les centres financiers doivent transférer une partie de leur richesse. Il y a une grave fracture sociale. Les Panaméens ont besoin qu’on les aide à rembourser leurs dettes, et une partie de la richesse créée par la canal doit être transferée à la population.”

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