Burkina Faso : une brèche dans le navire Compaoré

L’enjeu se cristallise autour de la révision de la Constitution, voulue par Blaise Compaoré pour pouvoir se représenter une nouvelle fois aux élections. DR
18 janvier 14 - Le président Blaise Compaoré, au pouvoir depuis vingt-six ans, est confronté à une vague de démissions sans précédent au sein de son propre parti. Pendant ce temps, la société civile met la pression.

Bobo Dioulasso, Caroline Lefebvre/InfoSud - Les pagnes à l’effigie de Blaise Compaoré étaient de sortie ce samedi 11 janvier à Bobo Dioulasso, la deuxième ville du Burkina Faso. Mais pas autant qu’aurait pu l’espérer l’association des « amis » du président, qui organisait un meeting de soutien à sa candidature en 2015. Première tentative de colmatage, après l’hécatombe de ces derniers jours au sein du parti au pouvoir : depuis le 5 janvier, quatre-vingt-huit membres (sur six cents) du bureau politique du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) ont démissionné. Parmi eux, des cadres historiques écartés en mars 2012 de la direction du parti au profit de fidèles du frère du président, François Compaoré.

Les démissionnaires dénoncent le manque de démocratie au sein du CDP, mais aussi les « tentatives d’imposer la mise en place du sénat au forceps » et les velléités de « faire sauter le verrou de la limitation des mandats présidentiels dans un contexte où le peuple est pro- fondément divisé ». En août, après des manifestations très suivies, le gouvernement a dû repousser la création de la chambre haute, soupçonnée d’être une manœuvre pour faciliter la révision de l’article 37 de la constitution, qui interdit à Compaoré, au pouvoir depuis vingt-six ans, de participer à l’élection de 2015. Mi-décembre, le président revenait à la charge en évoquant l’idée d’un réfé- rendum sur cette révision.

Désir de changement

Ces démissions semblent donc prendre acte d’un désir de changement exprimé de plus en plus ouvertement par la population du pays. Quant aux motivations réelles des dissidents… La direction du CDP les accuse de vouloir « assouvir leurs ambi- tions personnelles » et pointe leurs contradictions, notamment celles de l’ex-chef du parti Roch Marc Christian Kaboré, qui jugeait en 2010 l’article 37 « antidémocratique ».

L’opposition, elle, considère cet événement comme une première « victoire », selon son chef de file Zéphirin Diabré : « Tout ce qui peut affaiblir notre principal adversaire est bon à prendre. » Il espère un « rééquilibrage des forces politiques », entre un CDP tout-puissant et une opposition éparpillée en plusieurs dizaines de petits partis.

Risque de soulèvement

De nombreuses inconnues demeurent cependant. Ces dé- missions seront-elles suivies dans les régions ? Les démissionnaires pâtiront-ils de leur image de continuité avec un régime accusé de corruption et d’accaparement du pouvoir ? Comment se positionnera le parti qu’ils souhaitent créer ? Leur attitude lors de la journée nationale de protestation contre le sénat et la modification de l’article 37, organisée par l’opposition aujourd’hui, sera un premier test.

S’ils se joignent au mouvement, « le rapport de force en cas de référendum, jusque-là en fa- veur du pouvoir, pourrait changer », analyse Abdoulaye Soma, président de la Société burkinabée de droit constitutionnel, pour qui le principal combat devrait se jouer en 2014 : « Si Blaise Compaoré parvient à faire passer la révision de la constitution, il remportera l’élection en 2015. »

En attendant, la crainte d’une explosion sociale est sur toutes les lèvres. Dans un rapport publié en juillet 2013, l’ONG International Crisis Group estime que, « s’il modifie la constitution, [Compaoré] prend le risque de déclencher un soulèvement populaire comme celui qui a fait vaciller le régime en 2011 ». Des manifestations d’étudiants, de professeurs, de commerçants, suivies de mutineries militaires, avaient alors dégénéré en violentes émeutes.

L’attitude de l’armée reste la grande énigme d’une situation observée de près par les pays d’Afrique de l’Ouest, où le Burkina fait figure de pôle de stabilité. Le président ivoirien a dépêché dès mercredi une délégation pour tenter de renouer le dialogue entre les parties. Un premier soutien international à Blaise Campaoré, médiateur attitré des crises régionales, à son tour en difficulté.

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