Brésil : Il faut enquêter sur les arrestations de manifestants anti-Mondial (HRW)

3 juillet 14

São Paulo, le 1er juillet 2014 / Human Rights Watch - Les autorités de São Paulo devraient diligenter une enquête rigoureuse et impartiale sur les allégations selon lesquelles la police aurait fabriqué de fausses preuves d’activité criminelle de deux manifestants arrêtés le 23 juin 2014, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui.

« Les manifestants coupables de vandalisme et de violences doivent répondre de leurs actes », a affirmé Maria Laura Canineu, directrice de Human Rights Watch pour le Brésil. « Mais cela s’applique également aux policiers qui créent des preuves de toutes pièces afin d’accuser des manifestants de délits en sachant pertinemment qu’ils ne les ont pas commis. »

Le 23 juin, des policiers en civil ont arrêté Fábio Hideki Harano, 26 ans, et Rafael Marques Lusvarghi, 29 ans, durant une manifestation pacifique à São Paulo. La police a affirmé avoir trouvé un cocktail molotov dans le sac à dos de Fábio Harano et une « bouteille de yaourt à boire qui sentait fortement le gaz » sur Rafael Lusvarghi. Tous deux ont été arrêtés pour possession d’armes illégales, résistance à l’arrestation, complot en vue de commettre des actes criminels, « incitation au crime » et « refus d’obéir à l’autorité policière ».

Cependant, l’avocat de Fábio Harano a déclaré aux médias que le sac à dos de son client ne contenait pas d’arme, ce qui corrobore le récit du père Julio Lancelloti, un éminent défenseur des droits humains qui était présent au moment de l’arrestation. « J’entrais dans la station de métro lorsque j’ai vu deux policiers en civil s’approcher de Fábio Harano et ouvrir son sac à dos », a relaté le père Lancelloti à Human Rights Watch. « Ils en ont extrait un masque à gaz et des biscuits, mais pas d’engin explosif. »

Human Rights Watch a également visionné la séquence vidéo de la fouille du sac à dos, qui confirmait les dires du prêtre et de l’avocat de Fábio Harano.

Fábio Harano et Rafael Lusvarghi ont été placés en garde à vue, respectivement à la prison de Tremembé et au 8e poste de police, sans que ni l’un ni l’autre ait été officiellement inculpé. Selon le rapport de police que Human Rights Watch a consulté, la police a décidé de fouiller Fábio Harano après l’avoir vu « à la tête d’un groupe qui s’apprêtait à se livrer à des actes de vandalisme ». Rafael Lusvarghi, quant à lui, a été suivi parce qu’il avait été vu « en concertation étroite avec Harano », indique le rapport.

Le 26 juin, un juge a autorisé le maintien en détention de Fábio Harano et Rafael Lusvarghi, mettant en avant que « leur libération troublerait l’ordre public bien qu’il s’agisse de leur première infraction ». Or le bureau du défenseur des droits de São Paulo a expliqué à Human Rights Watch que le juge s’était contenté d’officialiser la version policière des événements, sans prendre en compte les témoignages et autres preuves en faveur des détenus. La détention de Fábio Harano et de Rafael Lusvarghi a été autorisée sans que ni l’un ni l’autre ne comparaissent devant le juge. Les défenseurs des droits ont présenté hier une requête d’habeas corpus au Tribunal Supérieur de Justice, demandant la libération de Fábio Harano et Rafael Lusvarghi. Les deux hommes doivent être officiellement inculpés ou relâchés dans les 15 jours suivant leur arrestation.

« Les gouvernements ont le devoir de mettre fin aux attaques violentes contre la police et les biens publics et privés », a observé Maria Laura Canineu. « Mais si les autorités de São Paulo ne peuvent pas fournir de preuves convaincantes de la culpabilité de Fábio Harano et Rafael Lusvarghi, elles devraient procéder à leur libération immédiate et inconditionnelle. »

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