BÉNIN - Le sort oublié des détenus d’Abomey

IRIN
Les détenus de la prison d’Abomey doivent compter sur l’aide de bénévoles pour se nourrir.
12 juillet 06 - Au Bénin, dans la prison d’Abomey, des détenus malades attendent en vain leur jugement depuis de nombreuses années. Le gouvernement de Cotonou ne semble guère s’en soucier.

La ville d’Abomey se situe à quelque 150 kilomètres de Cotonou, la capitale béninoise. Sa prison civile a été construite en 1904 pour abriter 150 détenus pour dix fois plus aujourd’hui. Ces derniers croupissent dans des cellules exiguës et sordides.

La santé très préoccupante des détenus reflète les conditions abominables dans lesquelles vit la population carcérale d’Abomey, une des plus anciennes prisons du Bénin. Certains souffrent de la tuberculose, de la gale et d’infections pulmonaires.

« Dans ma cellule, nous nous organisons pour dormir. Pendant qu’un groupe dort assis, l’autre reste debout. Au bout de trois heures, on change pour permettre à tout le monde de dormir un peu », confie Joseph A. responsable adjoint des détenus.

La prison civile d’Abomey ressemble à beaucoup d’autres maisons d’arrêt en Afrique de l’Ouest : vétuste, surpeuplée et abandonnée à elle-même.

Ravalament de façade

Les conditions de détention et les soins des prisonniers ne semblent pas faire partie des priorités des gouvernements de pays comme le Bénin, plutôt très respectueux des droits de l’homme, expliquent les organisations de défense des droits humains.

Plus dramatique encore, la plupart de ces prisonniers ne sont pas encore passés en jugement.

Sur les 9000 prisonniers des 8 pénitenciers du Bénin, seuls 900 ont été jugés et condamnés. Les autres attendent leur jugement. des détenus passent des mois, voire des années, avant d’être jugés, c’est en raison de la lenteur d’un système judiciaire surchargé et inefficace.

Bien que considéré comme l’un des plus compétents et des plus respectés de l’Afrique de l’Ouest, le système judiciaire béninois a encore des progrès à faire en matière d’efficacité et d’équité.

Le Bénin est un pays pauvre dont les revenus reposent essentiellement sur les exportations de coton. Chaque année, le gouvernement consacre 1,4 million de dollars américains au fonctionnement de ses 8 prisons, soit 175 000 dollars par établissement, selon l’ONG DAPI spécialisée dans la protection des détenus.

Selon cette ONG, la reconstruction de la prison civile d’Abomey est inscrite au budget national depuis trois ans, mais ce projet à été plusieurs fois reporté. Finalement, seuls les murs de la façade extérieure et de l’administration pénitentiaire ont été réfectionnés et repeints.De quoi donner l’impression que les prisonniers sont bien lotis. Une impression bien fugace. En fait, un simple ravalement de façade.

A l’intérieur une odeur nauséabonde flotte dans la cour, les prisonniers sont chargés de vider à la main les fosses septiques,. Certains détenus trop pauvres pour s’acheter des vêtements, se promènent tout nus ! D’autres, par souci d’économie, préfèrent conserver le seul vêtement en leur possession afin de le porter le jour de leur comparution devant le juge.

La générosité des bénévoles

« Dans cette maison d’arrêt, nous sommes confrontés à de multiples problèmes dans la journée », affirme Jean K., responsable des détenus.

« Hormis les odeurs qu’on doit supporter, il faut se battre sans arrêt contre les punaises. Nous vivons dans des conditions d’insalubrité indignes d’un être humain. En outre, nous avons droit à une ration alimentaire quotidienne très maigre et pauvre en calories ». Les détenus comptent surtout sur la générosité des bénévoles pour se nourrir.

De novembre à février, les détenus de cette prison sont confrontés aux pénuries d’eau. Pendant cette période, l’eau est rationnée à un verre quotidien par détenu. La prison civile d’Abomey est située sur les hauteurs et l’eau n’arrive pas jusqu’aux citernes.

Surpopulation carcérale

« Pendant cette période, nous souffrons amèrement et le régisseur est très dévoué à notre cause. Il passe de maison en maison pour nous trouver de l’eau », raconte Jean K.

« En temps normal, ce sont les détenus qui vont chercher de l’eau pour les gendarmes. Mais au cours de cette période, les rôles s’inversent », explique Gilbert Avokandoto, le régisseur de la prison.

« Pendant la sécheresse, on reste une semaine pleine sans avoir une seule goutte d’eau dans les robinets. Les détenus passent de longues semaines sans se laver ». Pour ce dernier, la meilleure solution serait de déplacer la prison d’Abomey.

Pour remédier au problème de surpopulation carcérale au Bénin, le gouvernement a construit une autre prison moderne à Akpo Missrété dans le département de l’Ouémé (sud-est). Cette prison accueillera une partie des détenus des prisons de Cotonou, de Porto-Novo et de Ouidah.

Quant à ceux de la prison d’Abomey, ils resteront dans leur maison d’arrêt vétuste, délabrée et surpeuplée.

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