Au Salvador, Les femmes revendiquent enfin leurs droits

Le Salvador, plus petit pays d’Amérique centrale avec la densité de population la plus importante. Image : DR.
17 septembre 12 - Confondatrice de l’organisation des femmes AMUC, Maribel Abrego s’engage très activement au Salvador. Son action aide des femmes à faire valoir leurs intérêts.

Katja Schurter/Solidar - « Les gens sont extrêmement pauvres, peu éduqués, habitent dans des conditions indignes et l’agriculture ne rapporte rien », explique Maria Maribel Abrego Mercado en recensant les problèmes qui touchent Cabanas, l’une des régions les plus pauvres du Salvador. « S’y ajoutent la violence contre les femmes et la criminalité juvénile. » La couverture médicale aussi est insuffisante. Depuis l’entrée en fonction du gouvernement de gauche en 2009, elle est certes gratuite, mais les médicaments sont rares.

Femmes nettement défavorisées

Pour changer cette situation, cette femme de 35 ans a cofondé, en 2002, l’organisation des femmes AMUC. « Les femmes ont moins accès à l’éducation et au travail rémunéré. Elles dépendent souvent économiquement de leur compagnon, ce qui rend la séparation plus difficile lorsque le mari est violent. Par ailleurs, il y a beaucoup de mères célibataires qui ne reçoivent aucune allocation du père de l’enfant. » Afin de créer des possibilités de travail pour les femmes, l’AMUC les soutient par des crédits. Elle a aussi fondé une coopérative, qui produit des denrées alimentaires et des tuiles, destinées à la construction d’habitations.

Maribel Abrego au milieu de son équipe de football, qui aide de jeunes femmes à retrouver confiance en elles.
Image : © Solidar

Renforcer la participation

Dans la région, 600 femmes sont organisées dans 30 comités de l’AMUC ; quatre autres comités rassemblent les jeunes. Dans ces groupes, des questions comme la violence, le genre, l’estime de soi et les droits humains sont discutées, car « les femmes doivent connaître leurs droits, afin de pouvoir chercher de l’aide. » En outre, les comités agissent pour que les autorités prennent en compte les besoins des habitant-e-s des villages. « Nous demandons la poursuite judiciaire des violences contre les femmes et des procès loyaux. Souvent, l’agresseur dispose d’un avocat, mais pas la victime », s’irrite Maribel Abrego. Les raisons de son engagement, on les trouve dans ses expériences familiales, et aussi dans son enthousiasme lorsqu’il s’agit de renforcer l’organisation des femmes. « Je suis active dans des organisations depuis 17 ans et je trouve formidable que les femmes revendiquent leurs droits. »

Recul de la violence

Les efforts de l’AMUC sont couronnés de succès. « Les femmes ont aujourd’hui moins peur de déposer plainte lorsqu’elles ont été molestées. Quand nous avons lancé l’organisation, certaines femmes pleuraient presque quand on leur demandait simplement de se présenter », rappelle Maribel Abrego pour montrer le chemin parcouru. « Grâce à une plainte, nous avons récemment pu empêcher qu’un homme mette sa femme à la rue. Et il y a moins de violences que dans les régions où aucun travail avec les jeunes n’est effectué. »

Agir avec les jeunes

Le problème croissant de la violence juvénile est à mettre en lien avec l’absence de perspectives. Certes, il y a de plus en plus d’écoliers et d’écolières qui obtiennent leur maturité, mais pour faire des études, il faut se rendre en ville. La plupart du temps, l’argent manque pour cela. Maribel l’a appris elle-même : à cause des longs trajets et de l’organisation des études, qui n’est pas conçue pour des étudiant-e-s qui travaillent en plus, cette mère célibataire a dû abandonner ses études de droit. Mais même celui ou celle qui termine ses études a peu de chances de décrocher un travail. De nombreux jeunes émigrent alors aux Etats-Unis. « La composition de nos groupes de jeunes change constamment, car les jeunes quittent le pays à 15 ans déjà », explique Maribel Abrego.

Dans ces comités, les questions abordées sont celles de la violence, de la criminalité, des drogues et du genre. On y trouve des cours de danse et de théâtre ; deux équipes féminines et quatre équipes masculines de football ont été formées. « Bien sûr, de nombreux jeunes qui ont des problèmes ne viennent pas dans nos groupes, tempère Maribel, mais il y a aussi des jeunes qui ont quitté leur bande. » Le travail avec les jeunes est crucial pour prévenir la violence contre les femmes. « Il faut s’appuyer sur les jeunes, car il est plus difficile de changer l’opinion des adultes. »

Article paru dans le magazine ’’Solidarité’’ de Solidar Suisse, l’œuvre d’entraide des syndicats et du Parti socialiste suisse : www.solidar.ch

La participation à Cabanas

L’organisation de femmes AMUC est l’une des quatre organisations avec lesquelles Solidar Suisse a construit un réseau à Cabanas, afin d’améliorer le quotidien des 15 000 habitant-e-s de la région. L’AMUC soutient la participation et l’indépendance économique des femmes.
www.solidar.ch/elsalvador

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