Au Burkina Faso, le coton OGM s’enracine dans la polémique

15 juillet 13 - Cinq ans après son introduction, le coton génétiquement modifié représente 50% de la production, malgré le risque financier accru qui pèse sur les cultivateurs.

Ouagadougou, Caroline Lefebvre/InfoSud - La filière coton du Burkina Faso semble sortie de la crise. Après avoir chuté de près de 50% entre 2005 et 2008, suite à la baisse de la demande des industries textiles asiatiques, la production a retrouvé cette année son niveau antérieur, avec 630 000 tonnes de coton… et une mutation de taille : la moitié est d’origine transgénique.

Le Burkina Faso, désormais premier producteur de coton du continent, a introduit en 2008 le coton Bt, développé par la firme américaine Monsanto. « Les ravageurs devenaient résistants aux pesticides, entraînant des pertes de récoltes importantes. Il fallait multiplier les traitements, pulvérisés à la main, bidon de 20 kg au dos », justifie Yacouba Koura, premier vice-président de l’Union nationale des producteurs de coton du Burkina (UNPCB). « Le coton OGM permet de passer de six à deux traitements, donc de préserver la santé des paysans et l’environnement, et de dégager du temps pour les cultures vivrières. »

Pourtant, le coton Bt continue de diviser. A Koumana, au sud-ouest du pays, la plupart des paysans, qui achètent leurs intrants (semence, engrais, pesticides) à crédit aux sociétés cotonnières, ont opté pour le coton OGM. Mais tous dénoncent le coût de la semence (27 000 francs CFA pour un hectare contre 814 pour le coton conventionnel), non compensé par l’élimination de quatre traitements. Le risque économique est d’autant plus grand que les aléas pluviométriques obligent souvent à semer deux fois, alors que la hausse des rendements de 30%, annoncée lors des essais en laboratoire, ne s’est jamais vérifiée sur le terrain. « Au début, le rendement était meilleur, mais il diminue d’année en année », se plaint Mamoudou Porgo, qui cultive 2 hectares de coton à Koumana.

La Sofitex, principale société cotonnière du pays, peut fournir gratuitement la semence pour le resemis. « Mais le temps qu’ils viennent constater l’échec, il est souvent trop tard », souligne Jean-Baptiste Millogo, cotonculteur à Lena. Conséquence : tous les producteurs interrogés assurent que leurs marges brutes ont baissé, ou au mieux stagné, avec le coton Bt, et s’inquiètent pour la campagne qui débute, le coût de l’engrais étant en hausse de 15% tandis que le prix du kilo de coton recule de 245 à 235 francs CFA.

Déhou Dakuo, directeur du développement de la production à la Sofitex, qui dit négocier avec Monsanto pour faire baisser sa redevance, reconnaît que le gain moyen de rendement n’a pas dépassé 15% en cinq ans, avec de fortes disparités selon les conditions parasitaires, l’équipement de l’exploitation et le respect ou non du « mode d’emploi » du coton OGM : « Certains producteurs ne font pas les deux traitements de pesticides nécessaires ; et 35% de l’engrais est détourné vers le maïs. » « De nombreux paysans font du coton parce que c’est le seul moyen d’acquérir l’engrais pour les cultures vivrières », indique Aline Zongo, formatrice à l’Inades, ONG à l’origine de la Coalition pour la protection du patrimoine génétique africain, active dans neuf pays d’Afrique de l’Ouest.

« Les producteurs se plaignent mais, cette année, ils nous ont demandé à 70% des semences OGM, alors que nous ne pourrons fournir que 50% », note Déhou Dakuo. Mais quelle est la marge de choix de paysans souvent analphabètes face aux sociétés cotonnières, « qui ont le monopole de l’engrais » fait remarquer Osmane Tiendrebeogo, président du Syntap, syndicat agricole opposé aux OGM, qui rappelle que des tests sont menés sur des variétés OGM de niébé (haricot) et de sorgho. « Notre pays est devenu le champ d’expérimentation de Monsanto. »

Alors que les voisins (Mali, Ghana, Bénin…) regardent avec attention l’expérience du Burkina, le premier vice-président de l’UNPCB juge la bataille des OGM très éloignée des préoccupations des pays pauvres. Entre « des conséquences à long terme dont on n’a pas les preuves » et l’urgence de trouver une solution contre la résistance des ravageurs, les cadres de la filière assument leur choix.

Le bio, troisième voie en devenir Parallèlement au coton OGM, l’UNPCB développe une filière biologique, en partenariat avec l’ONG suisse Helvetas. Débutée en 2003 avec 72 producteurs, l’expérience touche désormais 8000 producteurs, « souvent marginalisés dans le système de production classique », explique Abel Gouba, coordinateur pour Helvetas. Les femmes et les jeunes notamment, non reconnus comme chefs d’exploitation, ne bénéficient pas des intrants des sociétés cotonnières. S’il représente moins de 1% de la production (6100 tonnes en 2013), le coton bio, qui assure un bénéfice 20 à 40% supérieur au coton OGM, creuse pas à pas une troisième voie.
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