Au Bangladesh, le bordel en héritage

2 juillet 13

Lire le reportage de Michel Henry sur Libération.fr

"Avec ses 15 ans, son sourire magnifique et son sari beige, Jesmin est belle comme une princesse. La jeune fille modèle vient de réussir son examen scolaire et rêve de devenir avocate. Mais Jesmin est une fille du bordel de Daulatdia, au Bangladesh. Elle y est née, sa mère s’y prostitue, et elle-même tente d’échapper à ce destin.

Pour l’instant, elle se sait privilégiée : seuls quelques dizaines d’enfants de « travailleuses du sexe » grandissent à l’abri dans une safe house, un centre d’hébergement attenant au bordel. Une ONG locale, Piact (1), en accueille seize. « Même si c’est encore trop près du bordel, j’aime être ici. Personne ne va nous agresser ou nous insulter », raconte Jesmin. Pas comme les enfants nés et vivant au bordel : « Ce sont des victimes », dit-elle.

Ouvert 24 heures sur 24

Daulatdia est le plus grand des quatorze bordels officiellement répertoriés au Bangladesh, situé à 100 km à l’ouest de Dacca, la capitale. On y compte 1 500 prostituées et 600 enfants vivant avec elles. En tout, 15 000 à 20 000 enfants grandiraient dans les bordels du pays. Et il s’avère très difficile de briser le cercle vicieux qui conduit les filles à emprunter le chemin de la prostitution. Selon Jesmin, « les mères ne veulent pas que leurs filles fassent le même travail ». Mais à son âge, beaucoup vendent leur corps. Selon l’ONG Save the Children, 240 enfants se prostituent à Daulatdia.

Le bordel, un village formé de casemates serrées autour de cours exiguës, s’organise autour de l’étroite allée centrale et de ses commerces - restos, bars, pharmacie, épicerie . Trois mille personnes vivent ici, mais aucun espace n’existe pour accueillir les enfants. Aujourd’hui, jour de pluie et de vent, on avance dans l’eau et la boue, ce qui n’empêche pas les filles de nous aguicher. Elles sont souriantes, très jeunes, parfois belles. Les clients débarquent du train qui s’arrête tout près, ou arrivent du terminal des ferries traversant le fleuve Padma. Ouvert 24 heures sur 24, le bordel, legs de la colonisation anglaise, est situé fort habilement à un nœud de circulation où transitent des dizaines de milliers de personnes. Il offre une halte commode aux voyageurs.

On a rendez-vous au local d’Amosus, l’association créée en 2004 par les travailleuses du sexe pour défendre leurs droits. Elle revendique 825 adhérentes, qui payent 100 taka (10 centimes d’euro) par mois pour avoir leur carte. Moni, la présidente, raconte : « Avant, les enfants du bordel ne pouvaient pas aller à l’école, et nous, on n’avait pas le droit d’en sortir en chaussures. Quand une travailleuse du sexe décédait, on ne pouvait pas l’enterrer au cimetière. On n’avait pas d’eau potable, pas d’électricité, pas de sanitaires. On ne pouvait même pas voter. »"

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