Ambiguïtés d’une Francophonie des droits humains

Frédéric Burnand - swissinfo
Pour certaines ONG, la Francophonie devrait faire pression pour obtenir une enquête internationale sur la mort début juin en RDC du défenseur des droits humains Floribert Chebeya.
25 juin 10 - Réunis cette semaine à Genève, 150 représentants de la société civile ont débattu de leur rôle au sein de l’Organisation de la Francophonie dans les domaines de la démocratie et des droits humains. Et ce, dans la perspective du prochain sommet de Montreux , organisé par la Suisse.

Genève, Frédéric Burnand/swissinfo.ch - Comme l’ont déclaré Micheline Calmy-Rey, ministre suisse des Affaires étrangères et Abdou Diouf, secrétaire général de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) en début de semaine à Genève, l’organisation des pays « ayant le français en partage » veut accroitre son influence sur la scène internationale, en particulier dans les domaines de la démocratie et des droits de l’Homme.

Clôturée ce vendredi, la 7ème Conférence francophone des organisations internationales non gouvernementales (OING) - une réunion préparatoire du sommet de Montreux d’octobre prochain - a montré l’ampleur du chantier pour réaliser cette ambition.

« Mettre en œuvre, améliorer, développer, structurer, organiser » : ces verbes d’action revenaient en effet souvent dans la bouche des intervenants d’une réunion consacrée à la réalisation des objectifs de la Déclaration de Bamako. Un texte adopté dans la capitale malienne en 2000 par les Etats membres de la Francophonie, fondement des ambitions politiques de l’OIF en matière de promotion de la démocratie et des droits humains.

La liberté, mère de tous les droits

Lors de son intervention jeudi, la présidente de la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH) a planté le décors des discussions : « On comprend la pertinence des principes de la déclaration de Bamako au regard des graves violations des droits de l’Homme qui perdurent au sein des États membres de l’OIF : coups d’États, élections tronquées, musellement de la presse, harcèlement des défenseurs des droits de l’Homme, violations des libertés fondamentales au prétexte de la lutte contre le terrorisme. »

Souhayr Belhassen a ensuite fixé l’ordre des priorités, selon les défenseurs des droits de l’Homme : « Il importe d’abord de consolider la liberté d’agir, de s’exprimer, de s’associer, de se réunir, de circuler pour défendre les droits et les valeurs énoncés par la Déclaration de Bamako. La protection de ces libertés en péril est essentielle pour la mise en œuvre de toutes les autres. »

Et Souhayr Belhassen d’ajouter : « Il importe tout autant de consolider le droit de chacun d’accéder à un recours effectif devant une juridiction indépendante : les périls menaçant l’exercice d’une telle justice, mais aussi les opportunités d’en faire progresser la portée justifient absolument la mobilisation prioritaire que nous appelons de nos vœux. »

Réaliser Bamako

Un objectif que partage le directeur de l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT). Mais Eric Sottas ajoute : « La déclaration de Bamako est un texte solide et bon, le cadre est clair avec des mécanismes de suivi, de dialogue et de sanction. Mais ils peinent à être mis en œuvre. »

Selon Eric Sottas, cette réalisation bute sur une ambigüité : « La Francophonie veut d’un côté être le champion de la promotion et la défense de la culture francophone et donc de tous les pays qui utilisent la langue française. La Francophonie et les pays qui la composent souhaitent aussi être un groupe de pression au niveau international. »

Difficile dès lors, selon Eric Sottas, de prendre des mesures efficaces avec des mécanismes de suivi performants à l’encontre des pays membres qui violent les droits humains.

Structurer la société civile

La diversité des ONG participant à la réunion genevoise rend palpable ces contradictions, selon Eric Sottas : « Un certain nombre d’ONG ont comme priorité la promotion de la langue et de la culture française, d’autres la promotion des droits de l’homme au niveau international, mais aussi à l’intérieur des pays membres de la Francophonie. Or, les ONG culturelles n’ont pas forcément l’expertise qu’il faut dans le domaine des droits humains et de la démocratie.

Délégué à la paix, à la démocratie et aux droits de l’Homme de l’OIF, Hugo Sada souligne également que les organisations de la société civile accréditées à l’OIF ont besoin de se structurer. Mais il tient à rappeler le travail déjà accompli par l’OIF dans les domaines de la démocratie et des droits humains : « L’OIF a déjà travaillé, et continue de le faire, au renforcement des capacités institutionnelles des Etats membres, de leurs institutions judiciaires et de leur système électoral. Elle a aussi sanctionné un certain nombre d’Etats, quand les élections n’étaient pas libres et transparentes. »

Et le responsable de l’OIF de souligner : « La démocratie ne se décrète pas, elle se construit pas à pas. Notre travail n’est pas spectaculaire et prend des années. Mais les avancées sont déjà importantes. »

La mort de Floribert Chebeya

Eric Sottas, lui, tient à citer l’exemple de Floribert Chebeya, ce défenseur des droits humains en République démocratique du Congo (RDC), retrouvé mort début juin sur une route à la périphérie de Kinshasa.

« Les différentes déclarations des autorités de la RDC laissent penser qu’il sera pour le moins difficile de connaître la vérité. Nous avons demandé la mise en place d’une enquête internationale. La Francophonie devrait faire pression en faveur d’une telle enquête. Elle ne s’est pas particulièrement profilée sur cette affaire et s’est fondue dans ce que les autres pays faisaient », estime Eric Sottas.

Réplique de Hugo Sada : « On ne sait pas ce qui s’est passé. Mais nous avons réagi auprès de la RDC et demandé des explications et le lancement d’une vraie enquête, tout en montrant notre disponibilité pour faire la lumière sur cette affaire. »

Hugo Sada ajoute : « Le fondateur de l’ONG ‘La voix des sans voix’ était un de nos partenaires et il aurait du être présent cette semaine à Genève. Sa disparition a été un choc pour l’OIF. » En ouverture de la réunion, le secrétaire général de l’OIF Abdou Diouf lui a du reste rendu hommage.

Eric Sottas, lui, insiste : « Dans de très nombreux pays d’Afrique, les défenseurs des droits de l’Homme sont menacés ou empêchés de faire leur travail, comme en Tunisie par exemple. Par le biais des mécanismes qu’elle a créé, la Francophonie devrait être le recours principal quand l’un de ces membres ne respecte pas ses engagements en la matière. »

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